A quoi reconnaît-on qu’une personne a subi un traumatisme ?

D’abord au fait qu’elle a vécu un événement potentiellement traumatique. On en a fait la liste non exhaustive tout à l’heure. On a peu évoqué les attentats, les explosions dans les moyens de transport par exemple. Brutalement vous vous trouvez avec des personnes mortes autour de vous et dans des conditions horribles parce que les corps sont déchiquetés, souillés, mutilés.


C’est très, très difficile.

Aujourd’hui on sait qu’il y a des soins à prodiguer après un tel événement.

Il faut un accueil et une prise en charge le plus tôt possible et au plus près de l’événement.

Cette prise en charge peut être faite par les structures qui existent. Si l’événement a lieu à l’école, au collège ou au lycée, ce sont les soignants de l’établissement qui prendront d’abord en charge les personnes en attendant les pompiers ou les cellules médico-psychologiques du Samu spécialisées dans ce type d’assistance.


Et ce que vous dites là, c’est vrai pour tous les événements traumatiques ?



Quelle qu’en soit la nature. Que ce soit une catastrophe industrielle, naturelle…

Si c’est une catastrophe individuelle (une agression, un viol, par exemple), il faut qu’un soignant prenne en charge la personne le plus vite possible.

Si c’est un événement qui touche plusieurs personnes, il faut contacter les cellules médico-psychologiques d’urgence. Elles ont été mises sur pied dans les années 1990.

Ce que les soignants vont faire, c’est prévenir le développement d’un état de stress post-traumatique en développant une série d’actions au plus près de l’événement.

C’est cela qu’il faut dire aux jeunes. Si cela leur arrive, qu’ils aillent tout de suite voir un soignant ou quelqu’un en qui ils ont confiance, qui les conduira voir un soignant (médecin ou psychologue). Mais de toute façon, il faut qu’il y ait une prise en charge très rapide. Quand une personne vient de vivre ce type d’événement, il faut considérer qu’il est dans un état semblable à celui d’un grand blessé. Donc il faut une protection totale. Quand je dis cela, je veux dire que cela comprend des soins physiques (boissons, alimentation…), une écoute chaleureuse et une protection au niveau de la communication.


Un peu comme du maternage, ce que fait une mère avec son bébé ?



Exactement. Tisser un cocon. C’est le terme qu’emploie Philippe Legorjus, l’ancien patron du GIGN (groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, qui intervient lors d’événements potentiellement traumatiques, ndlr).

Ensuite la personne retourne dans sa famille. Donc, c’est important que les familles soient informées que pendant les premières heures, les premiers jours, il va falloir faire du « cocoonage ».

Ensuite, il faut faire ce que l’on appelle un débriefing, soit individuellement, soit collectivement, avec un professionnel spécialisé. C’est-à-dire que ce qu’a vécu la personne doit être mis en mots pour que cela puisse « passer dans le passé ».

Dans l‘événement traumatique, au lieu de la peur, qui est une émotion normale (vous faites face à une menace, vous avez peur, c’est normal, cela va vous permettre de vous défendre), l’événement est tellement terrifiant qu’on est en situation d’effroi, pas de peur. C’est-à-dire que l’on a perdu le contrôle de l’événement. Et donc, il faut que la personne puisse mettre en mots ses émotions. Ce qu’elle a ressenti, ce qu’elle a fait, ce qu’elle n’a pas fait… Mettre en mots, c’est une façon de reprendre du contrôle.

Si l’événement traumatique concerne un groupe, par exemple un accident de car scolaire ou une classe où un élève s’est suicidé, on peut faire un débriefing collectif. C’est-à-dire regrouper les élèves de cette classe - uniquement ceux qui sont volontaires. Il convient aussi d’associer le médecin scolaire. Mais pas, par exemple, le directeur de l’école, s’il n’était pas présent. Et il faut que l’animation du groupe soit confiée à un soignant (médecin ou psychologue) ayant une expérience en débriefing avec, dans l’idéal, l’aide d’un soignant de l’école que l’on a pu former avant.

Si on ne peut pas faire de débriefing collectif, faire un débriefing individuel. Et ensuite, dire aux personnes qu’elles peuvent avoir un suivi individuel si elles veulent. Ce sont elles qui le décident.
Et informer les familles du fait que pendant un certain temps il peut y avoir ce qu’on appelle des « réactions de stress a posteriori » pendant une quinzaine de jours. Ce sont des réactions normales après un événement traumatique.


Quelles sont ces réactions ?



La signature du traumatisme c’est le syndrome de répétition. Il peut se manifester de manières très différentes. La marque d’une évolution « normale », c’est le cauchemar, c’est-à-dire la tentative par la personnalité de reprendre du contrôle sur l’événement subi. Alors, c’est en général le moment le plus terrifiant qui peut être revécu de façon quasi photographique pendant plusieurs jours.

Un exemple : un avion détourné par un commando de terroristes. L’équipage et les passagers ont été délivrés par un groupe de militaires. Le pilote a revécu cet assaut toutes les nuits pendant quinze jours à l’heure où il avait eu lieu, avec les mêmes émotions. C’est-à-dire qu’il se retrouvait dans le cauchemar couché par terre, entouré de mitraillettes, avec des bruits terribles. Il se réveillait en sueur, épuisé, comme si l’événement s’était reproduit. Au bout de quinze jours, ça s’est arrêté. « Heureusement », m’a dit sa femme.

Donc, ces cauchemars représentent l’effort du sujet pour intégrer cet événement hors du commun.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’il est normal d’avoir ce type d’émotions après un événement aussi terrifiant. Mais il ne faut pas que cela dure.

Normalement, petit à petit, ça s’estompe.



Y a-t-il d'autres phénomènes ?