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Comment faire lorsque les personnes qui ont vécu un événement traumatique disent qu’elles veulent surtout ne rien faire, ne pas voir de soignant, seulement oublier ?
Ah ! Oui, bien sur... C’est tellement douloureux… Vouloir oublier montre bien qu’ils aimeraient que ce soit déjà passé.
Il faut leur dire qu’une thérapie, c’est un peu comme une opération chirurgicale. Il y a des cas où l’opération est nécessaire. J’aime bien cette comparaison. Les ados la comprennent bien en général.
Et de toutes manières il faut aussi leur dire qu’avec un psy, ce sont eux qui auront le contrôle. C’est pour cela qu’il faut les orienter vers des psys (psychiatres ou psychologues) qui sont spécialisés.
Plus tôt on le fera, plus tôt on retrouvera une vie qu’on maîtrisera. On sera forcément différent. Il faut accepter de changer, pour soi et pour que l’entourage accepte que l’on soit différent.
Est-ce qu’on peut parler un petit peu de la culpabilité ?
Ah ! La culpabilité… On la rencontre dans la thérapie, bien sûr. Ça accompagne souvent la névrose traumatique.
Et dans les premiers temps, quand il n’y a pas encore de névrose traumatique ?
La culpabilité peut être présente, mais de toute façon, tout ce qui se passe dans les quinze premiers jours, vous pouvez considérer que ce sont des effets de la réaction au stress et que ce n’est pas très grave. Enfin, pas très grave… C’est une grande souffrance, il faut accompagner, écouter mais il ne faut pas prendre ces phénomènes pour quelque chose de pathologique. Il faut vraiment les comprendre comme un effet du stress aigu qu’on a vécu. Cela ne devient pathologique que si ça dure.
Alors la culpabilité… Je pense qu’il faut faire un petit retour à la psychanalyse. C’est l’agressivité retournée contre soi. Et on souffre. D’abord il faut séparer les événements où il y a eu des morts et ceux où il n’y en a pas eu. S’il y a eu des morts, on est survivant. « Pourquoi les autres ne le sont pas ? Qu’est ce que j’aurais pu faire pour aider les autres à survivre ? ». Voilà les questions qu’on se pose dans ces cas-là. Ça n’a aucun caractère objectif. Même si manifestement on ne pouvait rien faire, comme dans un accident d’avion par exemple, on se les pose quand même.
On est survivant et pas les autres.
On peut s’accuser simplement du fait d’être là. Par exemple, je me souviens d’une patiente qui disait : « Je n’aurais pas dû être là, je n’aurais pas dû prendre cet avion, j’ai fait un mauvais choix, c’est de ma faute ».
Et le thérapeute ne peut rien faire d’autre qu’écouter.
C’est pour cette raison que le débriefing collectif peut être utile parce qu’il réunit des gens qui ont vécu ensemble l’événement. S’il y en a un qui dit : « Je me sens coupable d’avoir pris la place de celui qui a été tué », les autres peuvent dire : « Non, tu n’as aucune raison. » Et nous, soignants, on n’a rien le droit de dire. On n’était pas là. Par contre quand ce sont les autres, cela peut calmer un peu.
La culpabilité existe aussi quand il n’y a pas eu de mort, quand c’est un traumatisme individuel. Et elle est souvent très argumentée.
Oui. On culpabilise d’avoir été là. On voit cela dans les cas de viols, par exemple. Et il faut savoir que la société n’aide pas, par rapport à cela.
« La société n’aide pas », c’est-à-dire ?
Pour les victimes, certaines paroles sont source de souffrance. Il faut être très prudent au niveau des mots.
Donc la société, le contexte n’aide pas. Et en plus, il y a l’agressivité retournée contre soi.
Et cette agressivité, elle vient d’où ? C’est celle que la personne a subie de la part de l’agresseur ou la sienne ?
La sienne. L’agressivité que l’on n’a pas pu manifester pendant l’agression. C’est un mécanisme de défense inconscient : le renversement en son contraire. Ne pouvant agresser l’agresseur, la victime retourne l’agressivité contre elle.






