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Comment sait-on qu'on a vécu un traumatisme ?
Quelquefois, c’est clair. Mais parfois, c’est plus difficile à identifier, pour des raisons qui sont propres à l’événement ou à la personne qui se pose la question.
Le suicide d’un camarade qu’on connaissait mal, le fait d’avoir entendu de loin, au cours d’un séjour touristique, le fracas des roquettes pendant une attaque aérienne, est-ce que c’est un « traumatisme » ?
Et quand on vit dans une atmosphère de violences répétées, petites ou grandes, dont on ne se rend pas vraiment compte, comment identifier un événement plus grave ? On est tellement habitué à se dire « mais non, c’est rien » qu’on n’arrive plus à penser « oui, c’est quelque chose et ça m’a fait très mal ».
Chez les psys, on dit souvent que ce n’est pas la nature de l‘événement qui fait le traumatisme mais l’effet qu’il a sur une personne. Ce qui est traumatisant pour quelqu’un ne le sera pas forcément pour quelqu’un d’autre, parce que tout le monde n’est pas fragile aux mêmes endroits, ne craque pas sur les mêmes difficultés.
Le piège, c’est de confondre l’état dans lequel on est après un traumatisme avec son état « normal », où l’on peut penser à peu près librement et, du coup, de ne pas s’apercevoir qu’on souffre, qu’on a été blessé, qu’on a besoin de se réparer, de se libérer ; et l’état traumatique peut durer longtemps – des années, des dizaines d’années, si on n’est pas soigné.
Il y a des événements qui attaquent l’être, détruisent les bases sur lesquelles s’est construite la capacité à vivre, la confiance dans le monde. L’idée qu’on se fait de soi-même, la façon de se sentir dans son corps, sa façon de penser s’en trouve tragiquement modifiée.
Quand on a des réactions émotionnelles très fortes à tout ce qui rappelle l’événement - par exemple se mettre à pleurer, se sentir trembler…
Quand on se dit : « c’est bizarre, ça devrait me faire quelque chose et ça ne me fait rien » ; « je devrais sans doute être triste et je ne le suis pas » ;
Quand la joie, le plaisir, la possibilité de s’imaginer un futur disparaissent pour faire place à une tristesse sourde, toujours là - tellement là qu’on ne s’aperçoit même plus de sa présence, qu’on ne sait même plus qu’on est désespéré ;
Quand on regarde son corps et qu’on le trouve ignoble ;
Quand on a l’impression qu’il n’y a plus d’espoir, que de toutes façons, ça ne peut pas s’arranger, parce qu’on est trop nul, parce qu’on n’aura pas la force, parce qu’on n’est pas assez intelligent, pas assez beau, parce que le monde est trop pourri, les humains trop mauvais…
Quand on se dit que c’est de sa faute…
On peut mettre toute son énergie au service de ce genre de pensées. On peut s’attacher à les faire devenir les plus vraies possibles.
Manger tellement qu’on grossit beaucoup ; arrêter de manger parce qu’on ne supporte pas son corps, qu’on voudrait n’être plus que nerfs et os ; se transformer en quelqu’un dont on sait, plus ou moins consciemment, que les autres vont le repousser.
Ça rappelle quelque chose, quelqu’un ? Un copain, une copine, soi-même ?
Ce sont des effets du traumatisme. Autrement dit, se sentir par exemple horrible, lâche, nul, dégoûtant, imbécile, etc., même avec des arguments qui semblent en
béton armé, c’est le signe que l’on a été gravement abîmé.






