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Comment s’en sortir ?
Effets du traumatisme
Quand on a été victime ou témoin d’une agression, de violences, d’un racket ou d’un accident qui a atteint le corps et/ou le psychisme, on peut ressentir les effets psychologiques de cet événement traumatique immédiatement ou après quelques mois.
Ces effets peuvent se manifester par des conduites d’évitement. Les personnes ne veulent plus sortir de chez elles quand il fait nuit, sont prises de crises de panique, ont du mal à affronter la foule, évitent le lieu de leur agression. Il existe d’autres signes comme les troubles du sommeil, une certaine irritabilité, des réminiscences (cauchemars), un isolement, un repli sur soi-même. Au niveau scolaire, on peut constater une baisse des résultats scolaires, des difficultés pour se concentrer ou pour retourner à l’école.
A la suite d’un traumatisme, on peut s’en vouloir, avoir honte et préférer s’isoler. Cependant oser en parler et comprendre est primordial pour surmonter le traumatisme et reprendre goût à la vie.
Pour s’en sortir
- Les soins immédiats
Le defusing
A la suite d’un événement traumatisant touchant un grand nombre de personnes (attentat, hold-up, suicide en public…), le Samu met en place sur le lieu de la catastrophe ou aux urgences de l’hôpital, une cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP). Celle-ci est composée d’un psychiatre et d’un psychologue ou d’un infirmier spécialisé en psychiatrie. Ils offrent une présence et s’assurent que les victimes encore en plein choc puisssent être soutenues et que l’on réponde bien à leurs besoins vitaux. Cette attitude permet également aux professionnels d’agir sur le stress, sur l’angoisse des victimes, de calmer leur douleur psychique et de leur expliquer les symptômes qu’elles peuvent ressentir dans les heures ou les jours suivants. Le defusing a également pour objet de proposer une consultation spécialisée à l’hôpital dans les jours suivants.
Lorsqu’il s’agit d’un événement traumatique individuel, le soutien psychologique et l’information peuvent faire défaut car il n’y a pas de cellule d’urgence médico-psychologique mise en place.
Le constat médico-légal
Réalisé le plus vite possible après l’agression, le constat médico-légal est établi par un médecin à la suite d’un examen médical. Ce professionnel relève les blessures physiques et diagnostique d’éventuels troubles psychologiques.
Le constat médico-légal a une fonction judiciaire. Il permet à la victime de faire reconnaître la réalité de l’agression et son statut de victime, c’est-à-dire de jouer un rôle actif dans sa démarche pour surmonter le traumatisme.
- Les soins post-immédiats
A la suite d’un événement traumatique collectif
Le débriefing a lieu quelques jours après l’événement traumatique. Il regroupe les personnes ayant vécu ensemble l’évènement. Les psychiatres et psychologues qui encadrent le débriefing invitent les victimes à exprimer leurs pensées et les émotions ressenties, avant, pendant et après l’événement traumatique et à partager cela avec les autres.
Des consultations individuelles sont proposées ultérieurement par les psychiatres.
Le débriefing n’est pas un acte magique qui permettrait de « tout évacuer ». Il permet simplement de faire prendre conscience à la victime que le choc a bien existé, qu’il n’est pas effaçable, qu’il peut devenir un poids lourd à porter, que des symptômes handicapants peuvent survenir. Le débriefing a un intérêt en lui-même et peut être accompagné d’un suivi à long ou à court terme (psychothérapie adaptée au psychotraumatisme).
Parallèlement, des actions d’informations, à l’égard de la famille et des proches, sur les effets et les conséquences du psychotraumatisme, peuvent être mises en place pour ne pas isoler la victime dans son trauma.
La méthode du débriefing est identique. Le plus difficile étant que la victime fasse seule la démarche d’aller voir un service de consultation ou un psychiatre ou psychologue compétent en psychotraumatisme. Le soutien des proches est alors très précieux.
Ces soins se mettent en place afin de traiter les effets traumatiques persistants.
Les psychothérapies
Les victimes de traumatisme sont souvent adressées au thérapeute par leur médecin du travail, leur généraliste ou leur entourage. Il est rare qu’elles soient à l’origine de la décision de venir car elles s’en veulent et préfèrent s’isoler.
L’objectif des psychothérapies est de faciliter l’expression du traumatisme et de l’analyser dans un contexte contenant et sans jugement qui favorise la restauration de la confiance en soi et dans les autres. Leur objectif ultime est de redonner aux victimes le goût de vivre et un équilibre psychique.
Ces thérapies sont menées par un psychiatre ou un psychologue, soit dans le secteur public (hôpitaux, dispensaires, centres médico-psychologique (CMP), centres médico-psychopédagogique (CMPP)) soit en cabinet.
Il existe différents types de psychothérapies qui peuvent être individuelles ou de groupes.
On peut distinguer deux types d’approches principaux : les psychothérapies cognitivo-comportementales et les psychothérapies d’inspiration psychanalytique.
Approche cognitivo-comportementale
Le thérapeute expose, par la parole, la suggestion le patient à des situations qui lui sont douloureuses et qui ont un rapport avec le traumatisme. Le patient apprend peu à peu à faire face à l’événement traumatique, à l’évaluer et à modifier son comportement. La relaxation est un outil utilisée pour apaiser l’état de panique ou d’angoisse. Le thérapeute peut par exemple, proposer l’exposition progressive et systématique du patient encouragé à se confronter au déroulement de l’événement traumatique et aux émotions ressenties dans des conditions apaisantes de soutien.
Ce type de thérapie est indiqué lorsqu’apparaissent des conduites d’évitement (Peur de sortir de chez soi quand il fait nuit, crises de panique, difficulté à affronter la foule, évitement du lieu de l’agression..). Il peut se mettre en place lorsque l’on ne souhaite pas s’engager dans un long travail sur soi. Elles apportent en un temps relativement bref (de quelques séances à une vingtaine) une amélioration.
Approche d’inspiration psychanalytique
La mise en place du cadre thérapeutique dans une thérapie d’inspiration psychanalytique permet le développement du transfert dans lequel la victime rejoue sa névrose traumatique. Le traumatisme qui était subi passivement, prend sens et peut alors s’inscrire dans l’histoire de la victime. Il s’agit d’un travail psychique qui peut s’étendre sur plusieurs années, à raison de deux ou trois séances par semaine.
L’hypnose
Sous hypnose relaxante, le patient endormi doit pouvoir « plonger en douceur à l’intérieur de lui-même» pour analyser ses souvenirs de l’événement traumatique, les dédramatiser et à prendre de la distance.
L’hypnose ericksonienne, utile pour les manifestations anxieuses, représente une méthode d’élection pour les traumatismes psychiques.
L’EMDR
L’EMDR (Eye Movements Directed Repetition) consiste pour le patient à bouger répétitivement et rapidement les yeux pendant plusieurs minutes, après avoir évoqué son souvenir traumatique. Le but est de retraiter l’information liée à ce souvenir pour le neutraliser. Cette technique empirique s’appuie en partie sur les données récentes concernant le sommeil paradoxal. L’EMDR n’est pas en elle-même une psychothérapie mais vient en appoint d’une autre thérapie (hypnose, thérapie cognitivo-comportementale, psychothérapie d’inspiration psychanalytique).
Les techniques de relaxation d’inspiration psychanalytique ou comportementaliste peuvent également fournir un appoint intéressant.
Dans les groupes thérapeutiques, le but recherché est le dépassement et l’élaboration du traumatisme, la restauration d’une capacité à maîtriser l’expérience traversée par la victime, en bénéficiant du soutien du groupe et de l’expérience partagée de chacun. De pouvoir partager avec d’autres, au sein d’un groupe thérapeutique son expérience sans être jugé, peut aider.
Si les signes post-traumatiques persistent, sont gênants pour le quotidien (relationnel, social, familial), une prise en charge individuelle peut être nécessaire.
Une thérapie familiale est indiquée lorsque l’ensemble de la famille ou plusieurs de ses membres ont été exposés au même événement traumatique (accident, deuil traumatique, catastrophe…) ou lorsque le traumatisme est survenu au sein même de la famille, notamment en cas de sévices physiques ou sexuels intrafamiliaux, à condition que la protection de la victime soit assurée.
Ce travail explore les capacités que la famille est susceptible de développer pour surmonter les épreuves.
Les thérapies familiales et les thérapies de groupe participent à une amélioration des relations interpersonnelles et de la réintégration sociale.
L’autothérapie par l’action : action en justice et participation à des associations de victimes
Les démarches actives des victimes et le succès de ces démarches sont un facteur important de leur guérison, parce qu’ils favorisent la restauration de la confiance : en soi, dans sa capacité à agir sur les événements (et non pas seulement en être les jouets ou les victimes) et dans le monde. C’est pourquoi l’action en justice et la participation active à des associations de victimes peuvent aussi avoir un rôle thérapeutique important.
Les réseaux d’aide aux victimes
Les services d’aide aux victimes proposent une écoute et un soutien aux personnes victimes d’infraction (vol, cambriolage, racket, escroquerie, dégradations, accident de la circulation, agression, violences conjugales, agression sexuelle, viol…) et d’accidents collectifs.
Ces services reçoivent aussi la famille de la victime, les proches et les témoins.
Ils accompagnent également les victimes dans leurs démarches juridiques, administratives et sociales. Ces services travaillent en lien avec les institutions judiciaires, les services de police et de gendarmerie, les services administratifs, sociaux, médicaux et les collectivités territoriales vers lesquels ils peuvent orienter les victimes.
Ils sont animés par des professionnels notamment juristes, psychologues et/ou travailleurs sociaux.
Les prestations des services d’aide aux victimes sont proposées à titre gratuit et confidentiel.
Les services d’aide aux victimes sont regroupés au sein de l’INAVEM (Institut National d’Aide aux Victimes et de Médiation)
L’aide sociale
Si à la suite d’un événement traumatique, la victime rencontre des difficultés sociales, telles que des problèmes financiers, de logement…, elle peut s’adresser aux services sociaux de la mairie de sa commune.
Sources :
A lire :
- Laouénan Christine, Livache Philippe, "Non au racket ! Réagissez ! Vous pouvez y faire face", De la Martinière Jeunesse, 2002
- Mezinski Pierre, Rasera Philippe, "La violence en direct, quatre histoires d’ados pour mieux en parler et dire non à la violence", De la Martinière Jeunesse, 2000






