Est-ce qu’on pourrait considérer que c’est pour cela aussi que la société a du mal à entendre les victimes ?


Exactement. Je pense aussi que la société n’aime pas les victimes, parce que ça l’oblige à se mettre en situation de réparation. Et autant celui qui a subi la violence peut se sentir coupable, autant la société évite tout sentiment de culpabilité.

Ce que je voudrais dire aussi, c’est que c’est important  de prendre en compte la culture. Le vécu de l’événement doit être pris en compte en fonction de la culture. Par exemple Tobie Nathan, un des  fondateurs de l’ethnopsychiatrie, disait que dans certaines cultures africaines l’événement devait être pris en charge par le groupe. Dans ces cas-là, il faisait des entretiens avec la  porte ouverte.  Les membres du groupe pouvaient entrer et intervenir. 

Je voudrais revenir sur la question du débordement. C’est important d’éviter le débordement, de ne pas continuellement parler de l’événement.


Vous voulez dire qu’il faut « cadrer » ?



Voilà. Il faut un cadre très large et très souple au départ, mais il ne faut pas laisser la personne dans  le débordement, ni dans le repli.

Il y a eu une effraction, c’est comme une hémorragie… Si vous ne mettez pas un garrot, la personne perd tout son sang.

Alors les médias par rapport à cela… Reparler d’un événement dramatique et mettre une personne victime en vedette c’est vraiment cruel.

En ce qui concerne les procédures judiciaires, il y a des positions différentes. Je n’ai pas de conseils à donner là-dessus mais je dirais qu’il faut faire attention. La procédure peut être longue et réactiver les problèmes. Cela peut provoquer de la peur chez la personne victime, a fortiori s’il s’agit d’une agression.


Vous ne croyez pas tellement au rôle thérapeutique de la procédure judiciaire ?



Je trouve que la souffrance est grande. Il faut en tout cas, si cela s’avère nécessaire, accompagner la personne d’une manière réelle.


La plainte et la procédure judiciaire ne peuvent-elles pas constituer une reconnaissance de la part de la société ?



Je préférerais que la reconnaissance vienne d’ailleurs et qu’il n’y ait pas besoin de cela. La personne va être replongée plusieurs mois, voire plusieurs années après dans l’événement traumatique.

Mais cela dépend des situations.

Je vois l’intérêt de la victime, là. Il y a l’intérêt de la société, moi je vois l’intérêt de la victime. Il y a des choses que l’on fait tout de suite et que l’on regrette ensuite d’avoir fait. C’est important de se laisser le temps de la décision.


A propos de la peur – la peur des représailles en particulier, quand on aborde ce point avec des policiers, ils disent souvent que le risque est tellement lourd pour les suspects, s’il y a menace ou agression, que cela n’arrive pas, ou très rarement.



Pour la personne qui a vécu cela, c’est quand même très difficile.


Pour terminer, pourriez-vous récapituler vers où peuvent s’orienter des personnes, en particulier des adolescents, ayant vécu un événement traumatique ou potentiellement traumatique ?



Si l‘événement est sévère (accident de car, incendie, effondrement d’une installation publique, prise d’otage…), le point d’entrée est la brigade des pompiers et/ou la cellule psychologique du SAMU du département.

Si ce sont des jeunes susceptibles d’être touchés individuellement, on peut orienter le jeune et sa famille vers le médecin traitant qui connaît le jeune ou vers une structure hospitalière qui ait un service « anxiété et stress » ou encore vers un psychiatre spécialisé en ESPT (état de stress post-traumatique). Trois pistes en région parisienne : pour les enfants le service de pédopsychiatrie à l’hôpital Necker ; le service de médecine des adolescents à l’hôpital Bicêtre au Kremlin-Bicêtre ; l’association de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC.org), pour avoir le nom des psys spécialisés et leurs contacts.