
Autres articles
Autres catégories
Et en ce qui concerne l’entourage plus proche ?
Pour les jeunes, l’entourage c’est la famille, les enseignants, les camarades. Chez les jeunes, surtout les enfants, l’événement potentiellement traumatique est vécu différemment en fonction de l’attitude des adultes. Vous avez des événements à caractère vraiment traumatique, qui ne sont pas vécus de manière traumatique parce que l’adulte, l’enseignant en particulier, a eu une attitude rassurante. Je pense à des prises d’otages où l’attitude de l’institutrice a joué un rôle essentiel. Donc la formation ou au moins la sensibilisation du corps enseignant me paraît très utile.
Et comment faire quand l’entourage n’est pas du tout aidant ? En cas d’agression, par exemple, d’agression sexuelle en particulier, si l’entourage ou une personne de l’entourage dit des choses comme « pourquoi tu ne t’es pas défendu ? », « tu l’as bien cherché»…
Alors ça, c’est vraiment la double peine ! D’autant plus que c’est complètement faux. Les violeurs, de manière générale, ce sont des malades. Ils choisissent leurs victimes selon un certain profil. Donc ce n’est pas parce qu’une jeune fille a mis une minijupe qu’elle a été violée. Cela n’a rien à voir.
Est-ce que les personnes victimes entendent, comprennent cela ? Comment faire lorsqu’elles ont la conviction qu’elles sont responsables de ce qui leur est arrivé ?
On peut travailler en thérapie sur cette conviction, mettre un doute dans leur certitude. Cela demande du temps, bien sûr.
Peut-il y avoir un effet « contaminant » du traumatisme sur l’entourage ? Peut-on dire que l’entourage a subi, lui aussi, indirectement, un traumatisme ?
Ils ont eu un autre type de choc. Je crois qu’ils n’ont pas vécu un événement traumatique mais ils ont vécu un événement très difficile et subi un stress sévère. Si c’est un accident, une prise d’otage, ils se sont demandé si leur enfant était vivant et dans quel état… C’est une grande souffrance. Et en plus, ils doivent mettre ça de côté pour accueillir la souffrance de la victime.
Et ils y arrivent bien en général ?
Cela dépend. Ce n’est pas facile. C’est important qu’ils puissent être aidés. Souvent ils en ont besoin. Je conseille en général de s’adresser au médecin de famille, au médecin traitant.
Il peut y avoir aussi une culpabilité de la famille ou des proches, de ne pas avoir su ou pu protéger la personne qui a été victime. Est-ce que cela peut conduire à minimiser la portée de l’événement ?
Bien sûr. C’est pour cela qu’il faut leur dire qu’ils peuvent avoir un rôle très important dans la guérison. Mais il faut qu’ils acceptent, je dirais, la façon dont l’enfant ou le jeune a vécu l’événement.
Alors pas de surestimation non plus, n’est-ce pas.
Qu’entendez-vous par là ?
C’est-à-dire ne pas trop en faire. Il ne faut pas minimiser mais pas augmenter ou surajouter non plus. Par exemple pour un événement qui s’est produit dans le cadre d’une école, j’ai tendance à dire : on en parle pendant un laps de temps, à fond, et puis après, c’est fini. On reprend les études, on fait autre chose, on se tourne vers l’avenir.
En étant prêt tout de même, à entendre les expressions de souffrance, par la suite ?
Bien sûr, au niveau individuel. Il faut toujours garder une porte ouverte pour les personnes qui en ont besoin. Mais ne pas faire dix mille réunions. En ce qui me concerne, je préfère les débriefings parce que ça veut dire qu’on a fait quelque chose.






