Qu’est-ce qu’un événement traumatique ?


On parle plutôt d’« événement potentiellement traumatique ». C’est un événement qui peut se révéler ou non traumatique, pour ceux qui vivent l’événement, en fonction de la violence du choc, de la surprise et de l’émotion ressentie.

L’événement potentiellement traumatique est un événement hors du commun qui touche n’importe quel être humain mais certains plus que d’autres. Cet événement « hors du commun » a été défini comme la rencontre avec le réel de la mort.

Cela veut dire qu’on a traversé une frontière. On a vu ce qu’on n’aurait pas dû voir : la mort.

Pour faire simple, nous nous croyons immortels dans notre inconscient. Bien sûr, nous savons bien que nous allons mourir, un jour. Notre raison le sait mais pas notre inconscient. Pour pouvoir vivre, on pense que la mort, c’est pour les autres.
Pour ceux qui ont fait un peu de philosophie, un retour aux mythes grecs. Les personnes qui ont vécu un événement traumatique sont comme ceux qui sont descendus aux Enfers. Quand ils remontent, ils ont besoin d’une assistance particulière pour retrouver le cours normal de la vie.


Il y a donc des événements qui sont traumatiques pour certains et pas pour d’autres ?



Une personne qui a vécu un événement traumatique, c’est une personne qui a vécu sa mort, d’une manière ou d’une autre.
Les événements à potentialité traumatique existent. Ils sont ou non traumatiques en fonction de la sévérité de l’événement, de la résistance de chacun, du manque de préparation, etc.

Les hommes ont des capacités de résistance par rapport aux événements extérieurs mais cette résistance a des limites. Quand on dit qu’une personne a subi un traumatisme psychique, c’est qu’il y a eu une effraction de ce que l’on peut appeler son « enveloppe de protection psychique ». La cause, c’est le fait d’avoir rencontré la mort. La personne est descendue aux Enfers. Elle doit ensuite en remonter et accepter de vivre avec cette expérience.

Elle a franchi une porte qui ne doit pas l’être. Elle a vu des choses que les autres n’ont pas vues.

C’est pour cela que les personnes qui ont vécu une telle expérience ont du mal à l’expliquer aux autres. Les autres ne comprennent pas parce qu’ils n’ont pas vécu cela.


De quels types d’événements parle-t-on ?



Je vais vous donner une liste qui bien sûr ne sera pas exhaustive.

D’abord, on peut préciser qu’il faut avoir vécu soi-même l’événement à caractère traumatique. Avoir été présent. On ne peut pas vivre un événement traumatique par la télévision. Les images ne provoquent pas un état de stress post-traumatique.

Ensuite pour vous faire toucher du doigt ce qu’est un événement traumatique, on peut dire que c’est le vécu d’une catastrophe. D’un seul coup le monde qui était construit, organisé est complètement détruit. Je vais vous donner des exemples.

L’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001. Vous travaillez, vous êtes à l’école et puis tout à coup, il y a une explosion et tout saute. L’environnement est complètement changé.

Donc les catastrophes, industrielles ou naturelles (tremblement de terre, tsunami) constituent des événements traumatiques. Il y a un changement total, la destruction et la brutalité.

Il y a aussi les agressions. Un groupe qui vous tombe dessus, qui vous couche par terre, qui vous assomme de coups, c’est une menace vitale.

Ça peut être un incendie aussi, bien sûr. Ça peut être un chien qui vous saute dessus. Ça peut être une agression sexuelle. Ça, c’est très particulier et c’est extrêmement violent au plan physique comme au plan psychique.

Il y a les prises d’otages aussi.

Le « trauma », le traumatisme, ça veut dire qu’on a été blessé psychiquement, blessé dans sa personnalité, comme on peut être blessé physiquement. C’est pour cela qu’on a choisi le terme de trauma, qui veut dire « blessure ».

Quand on est blessé physiquement, on peut en guérir mais on garde une cicatrice. C’est un peu la même chose pour les blessures psychiques. On peut en guérir bien sûr mais ça demande à être soigné.

Tout cela concerne la personne elle-même, c’est-à-dire la menace de sa propre mort, mais cela peut être aussi la mort ou la menace de la mort d’un ami, de quelqu’un de proche ou quelqu’un qui, comme dans un attentat, explose soudainement à vos côtés.


Comment cela s’explique-t-il ?



Parce qu’il y a une identification. « Ça aurait pu être moi. »


Est-ce qu’on peut parler d’une clinique spéciale, spécifique, des traumatismes, c’est-à-dire de phénomènes typiques des traumatismes ?



Oui bien sûr. Cela figure dans les classifications du DSM – IV- TR (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux, texte révisé, ndlr) en tant qu’ « état de stress post-traumatique ». C’est classé dans les troubles anxieux. Au-delà des divergences de dénominations, ce qui est sûr c’est que, dans le monde entier, on considère qu’il peut y avoir une effraction du psychisme par un événement extérieur. C’est très différent de la pathologie mentale habituelle, où les phénomènes viennent de l’intérieur de la personne. Dans les traumatismes, la personne allait bien avant et elle va mal après, à cause de l’événement.


Donc, il y a une parenté entre les symptômes qui peuvent apparaître après des événements très différents ?



Oui, oui, absolument. Il y a vraiment une clinique spécifique - et énigmatique. Il y a un tronc commun entre toutes les personnes qui souffrent de ce type de troubles.


A quoi reconnaît-on qu'une personne a subi un traumatisme ?