La violence dans la pratique sportive

La violence des supporters  touche plus particulièrement le football. La violence dans la pratique du sport est présente quels que soient la discipline et le niveau. Il peut s’agir de violences entre sportifs, de violences envers les arbitres ou de violences subies par les sportifs par leur encadrement.

 

La violence entre sportifs

 


Dans les sports collectifs ou dans les compétitions, le sport peut avoir une dimension violente parce qu’il entraine des contacts entre les pratiquants. Mais cela se passe dans le respect des règles du jeu.

La concurrence et la recherche de performance amènent quelquefois certains sportifs à transgresser ces règles du jeu. Cette violence entre pratiquants peut se traduire par de la violence physique avec des actes d’antijeu, par des insultes, des propos à caractère raciste, homophobe ou sexiste etc. Par exemple, l’insulte homophobe « pédé » peut être utilisée pour déstabiliser un adversaire et le conduire à s’énerver. Faire de petites fautes volontaires et répétitives afin de provoquer une réaction violente chez l’adversaire.

Exemple de violences entre sportifs :

  • Lors de la rencontre de 5ème division District opposant Chatou à La Verrière, un joueur est pris à parti puis frappé par plusieurs joueurs adverses le 17 février 2002.
  • On se souvient des insultes du défenseur italien Materazzi lors de la coupe du monde de football en 2006 et le geste regrettable de Zidane qui a conduit à son exclusion.

 

Violences entre sportifs : que dit la loi ?

 

  • Les violences entre sportifs en dehors des règles du jeu sont punies par la loi en fonction du nombre de jours d’incapacité totale de travail, comme toute autre forme de violence :
  • Les violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente sont punies de dix ans d'emprisonnement et de 150000 euros d'amende. (Article 222-9 du code pénal)
  • Les violences ayant entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45000 euros d'amende. (Article 222-11 du code pénal)
  • Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours où n'ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de l’amende de la 5ème classe (amende pouvant aller jusqu’à 1500 euros - Article R. 625-1 du code pénal).

 

La violence envers les arbitres


Les arbitres sont aussi touchés par différentes formes de violences. En effet, ils sont de plus en plus victimes d’agressions physiques ou verbales dans l’exercice de leur fonction. Ces violences qui peuvent être commises par les sportifs mais aussi par les supporters, se retrouvent dans tous les niveaux aussi bien professionnels qu’amateurs. On note cependant que les arbitres officiant dans les districts sont plus touchés par ces violences que les arbitres fédéraux. La peur de prendre certaines décisions, de se rendre dans certaines villes ou certains quartiers, fragilise aujourd’hui les arbitres. L’Union Nationale des Arbitres de Football (UNAF) dénoncent cette insécurité dans un système qui ne les protège pas assez et ou leurs décisions peuvent être mal perçues et provoquer des réactions violentes à leur égard.

Selon l’UNAF, les actes de violences envers les arbitres ont sensiblement augmenté ces dernières années : pour la saison 2006-2007, 53 agressions contre des arbitres ont été recensées. 73 agressions pour la saison 2007-2008 et 77 pour la saison 2008-2009.

Exemples de violences envers les arbitres :

 

  • Janvier 2007, le capitaine d’Aucaleuc, équipe de troisième division de district des Côtes d’Armor, donne un coup de tête à un arbitre qui venait de l’exclure. L’arbitre a eu huit jours d’ITT (Interruption Temporaire de Travail).
  • Février 2008, lors d’un match de football, à la Courneuve, entre les équipes de la Samaritaine et de GDF, après une décision contestée de l’arbitre, des incidents éclatent. Le match tourne à la bagarre générale avec des couteaux et des armes à feu. Deux joueurs et un entraineur sont blessés par balle.
  • Mai 2008, à Villeneuve-sur-Lot, l’arbitre du match Bais-Casteljaloux est bousculé sur le terrain puis agressé dans les vestiaires.
  • Février 2010, huit joueurs d’une même équipe injurient sur facebook l’arbitre de la rencontre à laquelle  ils avaient participée. Sur décision de la commission de discipline de la ligue de Bourgogne, deux d’entre eux ont été suspendus pour huit matchs dont cinq avec sursis. Pour les six autres, la sanction était de huit matchs avec sursis.   

Violences envers les arbitres que dit la loi ?


Depuis la loi du 23 octobre 2006, l’arbitrage sportif est reconnu comme une mission de service public. Les atteintes dont les arbitres sont victimes dans l’exercice de leurs missions sont désormais réprimées par des peines aggravées prévues dans le code pénal.

Ainsi, pour des violences volontaires sur un arbitre  ayant entrainé une incapacité totale de travail de plus de 8 jours, la peine passe de  3 ans d’emprisonnement à 5 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende à 75 000 euros d’amende. (Article L. 223-2 du code des sports / Article 222-12 du code pénal)

La violence dans l’encadrement des sportifs


Les violences subies par les sportifs dans la pratique de leur discipline sont largement méconnues. Ces violences sont souvent commises par les membres de l’encadrement (entraineurs, dirigeants...) ou  par d’autres sportifs. Par ailleurs, des  parents peuvent faire pression sur leurs enfants, les pousser à bout pour qu’ils obtiennent de bons résultats. Ces violences, souvent morales, verbales, physiques ou sexuelles touchent beaucoup de sportifs mineurs. Elles s’exercent dans des rapports de domination, dans un contexte propice aux dérapages avec des risques d’abus de faiblesse.

« La maltraitance sportive » 

 


La quête de notoriété et la recherche de performance poussent souvent les sportifs à se soumettre aveuglément à leurs encadreurs. Il arrive que des entraineurs profitent de la faiblesse de certains sportifs pour commettre des actes de violences. Il s’agit ici de violences psychologiques, de harcèlement, de pressions morales.

Au nom d’un idéal, certains sportifs sont prêts à tout accepter, y compris l’excès. « La maltraitance sportive » se traduit d’un côté par une obligation de rendement pour les sportifs, en passant par la soumission à des entrainements intensifs, une obligation d’avoir un certain poids avec un régime alimentaire strict etc. D’un autre côté, ce sont des propos dénigrants, rabaissants ou même une exclusion quand les résultats ne sont pas là.           
                                                                                                           
Ces pratiques ne sont pas sans conséquence sur la vie des sportifs. On observe alors des comportements à risque, des troubles du sommeil, des blessures dues à la pratique intensive du sport, des troubles de la croissance chez les adolescents très tôt soumis à un surentrainement, le recours au dopage pour améliorer ses performances et une éventuelle consommation de drogues.

  • On peut citer le cas d’Elodie Lussac, cette jeune gymnaste obligée de participer aux championnats du monde de Dortmund en 1994, alors qu’elle était blessée. Cela signera la fin de sa carrière
  • L’ancien n°1 mondial, le tennisman André Agassi révèle dans son ouvrage « open » paru en novembre 2009, qu’il s’est drogué durant sa carrière.

 

Les violences sexuelles


Tous les sportifs peuvent se sentir concernés quels que soient l’âge,  le sexe et le sport pratiqué (sport intensif ou sport de loisir).

Les violences sexuelles en milieu sportif peuvent prendre plusieurs formes :

 

  • Les agressions sexuelles : il s’agit de faveurs sexuelles obtenues par la violence, la menace, la contrainte ou la surprise par exemple : le viol ou les attouchements sexuels
  • Les atteintes sexuelles : ce sont des agissements réalisés sans violence, contrainte, menace ou surprise. L’agresseur abuse ici de la confiance que lui accorde sa victime.
  • Le harcèlement sexuel : il s’agit de violences qui ne nécessitent pas forcément de contact physique. C’est le cas du chantage pour obtenir des faveurs sexuelles, des invectives et humiliations répétées à caractère sexuel, des attitudes d’exhibitionnisme ou de voyeurisme.

 

De nombreux cas de violences sexuelles ont été dénoncés par des sportifs et anciens sportifs :

 

  • En 1991, Catherine Moyon de Beacque, lanceuse de marteau professionnelle, révèle avoir été violée et agressée par plusieurs membres de l’équipe de France encouragés par l’entraineur national, lors d’un stage d’athlétisme. Les agresseurs ont été condamnés en 1993 et 1994.
  • En 2007, l’ancienne joueuse de tennis professionnelle Isabelle Demongeot publie un livre « service volé » dans lequel elle dénonce les viols dont elle a été victime de la part de son entraineur dès l’âge de 13 ans. Ce témoignage a été le point de départ d’une vaste action ministérielle et la lutte contre les violences sexuelles en milieu sportif devient une priorité nationale.


Selon des résultats d’une enquête du Ministère  de la santé, de la jeunesse et des sports, réalisée en Aquitaine entre septembre 2007 et septembre 2008, un jeune sur trois est concerné par les violences sexuelles en milieu sportif. C’est environ 30% des jeunes interrogés qui pensent avoir été confrontés à une forme de violence sexuelle dans le cadre sportif. Toujours selon cette enquête, l’entraineur n’est pas l’agresseur principal. Dans la majorité des cas, il s’agit d’un autre sportif et dans 90% des réponses, il s’agit d’un homme.

La banalisation des violences sexuelles et loi du silence dans le milieu sportif


Les vestiaires, la nudité, les déplacements en compétition loin de la famille, les soirées, les rituels d’intégration... le milieu sportif peut être propice à l’apparition de ces formes de violences. Les victimes sont difficiles à identifier car elles ne parlent pas des abus subis. Par peur de se faire marginaliser, elles n’osent pas briser cette loi du silence. Et le lien qui unit la victime à son agresseur (entraineur, autres sportifs...), qui peut être un soutien, un ami, un mentor... rend souvent la dénonciation culpabilisante. Certains sportifs peuvent trouver ces violences normales. Ils pensent que cela a toujours été comme ça, que tout le monde l’accepte parce que c’est la rançon de la performance et du succès.

Violences sexuelles dans la pratique du sport : que dit la loi ?

 

Pour rappel, les violences sexuelles sont sévèrement réprimées par la loi.

 

  • Le viol est un crime puni de 15 ans de réclusion criminelle. Lorsque c’est sur un mineur la peine passe à 20 ans de réclusion criminelle. (Article 222-23 et suivants du code pénal)
  • Les agressions sexuelles autres que le viol (c’est à dire sans pénétration) sont punies de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Lorsque ces violences sont commises sur un mineur de moins de 15 ans, la peine est de 7 ans d’emprisonnement et de 100000 euros d’amende. (Article 222-27 et suivants du code pénal)
  • Les peines infligées pour crimes, agressions et atteintes sexuelles sont majorées lorsqu’ils sont commis par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions. L’entraineur, l’éducateur sportif, l’animateur sportif rentrent dans cette catégorie.
  • Le contrôle des casiers judiciaires des éducateurs et des exploitants d’établissement d’activité physique et sportive doit être systématique. Si le casier judiciaire laisse apparaitre une condamnation pour violences sexuelles sur mineur, il est en interdiction d’exercer, en tant que salarié ou bénévole, et ceci de façon automatique et définitive.


Par ailleurs, la loi oblige  toute personne à faire un signalement lorsqu’il y a un motif raisonnable de croire qu’un pratiquant mineur est en danger ou risque de l’être. Toute personne doit porter à la connaissance des autorités administratives (Président du Conseil Général) ou judiciaires (Procureur de la République) les cas d’enfants maltraités, faisant l’objet d’atteintes sexuelles ou de privation dont il a eu connaissance. (Article 434-3 du code pénal)
L’article 40, alinéa 2 du code de procédure pénale, prévoit une obligation spécifique de dénonciation imposée à tout fonctionnaire. Cette disposition s’applique sans distinction à toutes les infractions.

Le signalement peut se faire :

 

  • par écrit - vers les services sociaux du conseil général (Aide Sociale à l’Enfance)
  • par téléphone - en appelant le numéro vert national 119 ou la plateforme de l’INAVEM au 08 842 846 37.

Sources          

                                                                                                                                                       

  • Sports.gouv.fr  

                                                                                                                                               

  • Rapport d’information de la commission des affaires culturelles du sénat (septembre 2007)     

                                                                                                                         

  • Union Nationale des Arbitres de Football