Oeil pour oeil, dent pour dent

Ce proverbe est souvent utilisé pour faire référence à une vengeance contre quelqu’un ou la punition d’une faute par un fait équivalent, par une punition occasionnant le même préjudice que celui qui a été infligé.

C’est une référence à la loi du talion (du latin « talis », « tel », « pareil »), l’une des lois les plus anciennes de l’histoire de l’humanité. Sa plus ancienne version connue se trouve dans le code d’Hammurabi, roi de Babylone (royaume qui s’étendait dans l’actuel Proche-Orient) de 1792 à 1750 environ av. J.-C. Les articles 196 et 200 du code disent : « Si quelqu’un a crevé l’œil d’un homme libre, on lui crèvera un œil [...]. Si quelqu’un a cassé la dent d’un homme libre, son égal, on lui cassera une dent. »

Le code d’Hammurabi nous est parvenu grâce à la découverte, par une expédition archéologique française, en 1901, d’une stèle sur laquelle il était gravé. Elle est aujourd’hui exposée au musée du Louvre. D’autres stèles semblables étaient sans doute réparties dans tout le royaume de Babylone.

Le Code d’Hammurabi consiste en une compilation de décisions de justice rendues par le roi Hammurabi, réunies dans un grand texte. Il était encore en usage à l’époque néo-assyrienne (911-609 av. J .C.). Le texte a été divisé en « articles » par son premier traducteur, le père Jean-Vincent Scheil.

Ces différents « articles » se réfèrent aux rapports qui unissent les groupes sociaux, la famille, l’armée, la vie religieuse et la vie économique, le fonctionnement judiciaire. La justice est rendue par des tribunaux, on peut faire appel auprès du roi, les décisions doivent être écrites, elles sont rendues sur la base de témoignages et, si vérité est difficile à appréhender, la magie peut être utilisée.

L’échelle des peines qui y est inscrite, correspond au crime ou au délit commis, sur la base de la loi du Talion. Par exemple, un architecte qui a réalisé une maison qui s'est effondrée sur ses occupants et a causé la mort du propriétaire est puni de mort. Quand c'est le fils du propriétaire qui est tué, on tue le fils de l'artisan. Si c'est un esclave du propriétaire qui est tué, l'artisan devra lui fournir un nouvel esclave.

Ce code est longtemps resté le plus ancien connu dans le monde ; actuellement, c’est le code d'Ur-Nammu, rédigé vers 2 100 av J-C.

La loi du talion, fait aujourd’hui référence à une philosophie de la justice dépassée et « barbare », relevant de la vengeance privée et non de la justice. Elle représentait à cette époque une avancée, par rapport à des pratiques de vendetta, où chaque acte en entraînait un autre, dans une spirale sans fin de plus en plus violente. La loi du talion correspond donc à une étape intermédiaire dans l’histoire de la justice pénale, entre ce système de la vendetta et le recours à un juge comme tiers impartial et désintéressé.

On retrouve la formule « œil pour œil, dent pour dent dans d’autres textes antiques, en particulier dans les textes fondateurs des trois religions monothéistes mais avec des points de vue divers :

- dans la Torah :

« Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. » (Exode 21,23-25)

- dans la Bible :

« Ne dis pas : Comme il m’a traité, je le traiterai, je rends à chacun selon ses œuvres. » (Proverbes, 24,29)

Dans le Nouveau Testament, Jésus s’oppose à la loi du talion :

« Vous avez appris qu’il a été dit : ‘œil pour œil et dent pour dent’. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. » (Matthieu 5,38-4)

- dans le Coran :

 « Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. » (Sourate V, verset 44-45)

 

Lien vers l’atlas des œuvres exposées au Louvre :

http://cartelfr.louvre.fr/pub/fr/pdf/25689_codehammurabi.PDF