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Passer à tabac
Cette expression a le même sens que « tabasser », « rouer de coups ». C’est le fait de frapper violemment quelqu’un plusieurs fois, seul ou à plusieurs. Un passage à tabac est toujours très violent, occasionne des blessures nombreuses parfois très graves et peut occasionner un traumatisme psychique chez la victime.
« Passer à tabac » est une expression connue depuis 1879. Elle vient de « repasser / donner du tabac » (1833), qui veut dire « donner des coups sur le nez, se battre ». C’est le mot « tabasser », qui est à l’origine de l’expression, non le mot « tabac ».
« Tabac » vient de l’espagnol « tabacco », lui même dérivé de « tsibatl » dans la langue des indiens Arrawaks d’Haïti, où les Européens ont découvert le tabac. « Tsibatl » désignait la plante ou le roseau utilisé pour la fumer. Selon une autre hypothèse, « tabac » pourrait venir de l’arabe « tabbâq » ou « tubbâq », un nom donné à des plantes médicinales que l’on fumait, certaines ayant des effets soporifiques. Les plants de tabac ont été introduits en France vers 1600. Tous les termes associés au tabac (“tabatière”, tabagisme, etc.) viennent de là.
« Tabac », dans le sens de « volée de coups » est un mot d’argot apparu en 1802 formé à partir du verbe « tabasser ». On aurait dû l’écrire « tabas » mais comme il ressemblait tellement à « tabac », il s’est écrit de la même manière. « Tabasser » donne, dès le XIIIe siècle, « tabaster » (« frapper, secouer ») en occitan et en provençal puis, vers 1400, « tabust » en français (bruit, tumulte) et, vers 1410, « tabuster » (battre, frapper). Le « coup de tabac » marin (un « orage violent et soudain en mer »), apparu en 1864, vient de là. Le monde du théâtre a emprunté un certain nombre de choses au monde de la mer car beaucoup d’anciens marins travaillaient dans les théâtres. « Tabac » a alors désigné les applaudissements. Ainsi : “avoir un gros tabac” (apparu vers 1900), puis “faire un tabac” (“remporter un franc et gros succès”).
« Tabas » et « tabac » ont toujours été liés. Dans « Dom Juan” (1665) de Molière, une tirade de Sganarelle joue toute entière autour de l’ambigüité entre les deux termes :
« Quoi que puisse dire Aristote, et toute la Philosophie, il n’est rien d’égal au Tabac, c’est la passion des honnestes gens; et qui vit sans Tabac, n’est pas digne de vivre; non seulement il réjoüit, et purge les cerveaux humains; mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec luy à devenir honneste homme. Ne voyez-vous pas bien dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravy d’en donner, à droit et à gauche, par tout où l’on se trouve? On n’attend pas mesme qu’on en demande, et l’on court au devant du souhait des gens: tant il est vray, que le Tabac inspire des sentiments d’honneur, et de vertu, à tous ceux qui en prennent. » Molière, Dom Juan, Acte I, scène 1






