Prévention des violences scolaires

Historiquement, la prévention des violences scolaires est apparue dans la continuité de la « prise de conscience » de la violence au sein de l’école, à la fin des années 70. L’inspecteur général G. Tallon rédige en 1979 le premier rapport – confidentiel - sur la question. Auparavant, la violence scolaire existait, bien sûr, mais n’était pas considérée comme un problème de société.

Traditionnellement, dans le débat autour des violences scolaires, prévention et répression s’opposent.

Dans la réalité, si l’on peut repérer des tendances dominantes plus ou moins fortes s’infléchissant vers la prévention ou vers la répression, selon les époques et les mandatures nationales ou locales, actions préventives et répressives coexistent et s’intègrent à des politiques plus vastes.

Ces actions peuvent être dirigées vers les collectifs ou vers les individus, se placer sur le plan scolaire, social, psychologique ou judiciaire, prendre en compte les auteurs ou les victimes de violences.

 

Du nouveau en 2009

En septembre 2009, un « dispositif de sécurisation » des établissements scolaires a été mis en place par le gouvernement dans le but de « sanctuariser l’école », défendu par le président de la République. Dans cette perspective, une collaboration entre le ministère de l’éducation nationale et le ministère de l’intérieur a été instituée et des mesures prises au niveau national :

  • la généralisation des « diagnostics de sécurité », déjà réalisés dans 184 établissements scolaires,
  • l’installation « d’équipes mobiles de sécurité académiques ». Annoncées en avril dernier par le président de la République, elles seront composées de 20 à 50 personnes. Chaque académie en aura une. Elles auront pour mission de « prévenir les tensions » et d’intervenir rapidement dans les établissements scolaires en cas d’incident. Elles commencent à se mettre en place.
  • La mise en place d’un « Code de la paix scolaire » destiné aux collégiens et lycéens rassemblant les règles de la vie collective et les sanctions prévues lorsqu’elles sont enfreintes,
  • l’instauration d’une « circonstance aggravante » lorsque des atteintes sont commises sur des personnels de l’éducation nationale ou sur leurs familles,
  • la formation des personnels de direction, d'éducation et d'inspection à l'exercice de l'autorité, à la gestion de crise et à la sécurisation des établissements scolaires.
  • La réactivation du réseau déjà existant des policiers et gendarmes référents et sa généralisation à tous les établissements scolaires du second degré. Les missions de ces « correspondants sécurité-écoles » ne sont pas encore définies. Un cahier des charges devrait venir les préciser.

 

Echos du terrain

La prévention de la violence scolaire s’effectue au sein des établissements, à travers des projets et des mesures nés en interne mais aussi avec des partenaires : régions, départements, municipalités (dont dépendent respectivement lycées, collèges et écoles), certains services publics ou administrations, des associations.

  • La compagnie « L’effet théâtre » a ainsi monté des ateliers et donné des représentations de son spectacle interactif « Arrête ! Tu me fais mal » dans plusieurs établissements.
  • Au collège du Marais, à Cauffry (60), deux chartes ont été élaborées : une charte des élèves mais aussi, pour que les adultes puissent asseoir la légitimité des règles sur l’exemplarité de leur propre comportement, une charte des adultes.
  • A l’école élémentaire de la rue Ramponneau, dans le vingtième arrondissement de Paris, un conseil d’enfants a été créé, afin d’utiliser la parole comme alternative au passage à l’acte.
  • Au collège Henri Wallon, à Bezons (95), les enseignants ont choisi de se démarquer de l’enseignement « frontal » classique et ont introduit d’autres méthodes pédagogiques dans leur enseignement.

 

Ces quelques exemples ne représentent qu’une infime partie des multiples initiatives existantes.

 

Ce qui marche… et le reste

Ils sont représentatifs des grandes lignes qui fondent l’efficacité des politiques de prévention de la violence scolaire : une volonté forte et très visible de lutter contre la violence dans une mobilisation collective et inter-catégorielle ; l’instauration de règles reconnues et légitimées par les élèves, donc discutées et négociées par tous ; l’exemplarité sans faille des comportements des adultes ; l’utilisation de la parole et de la médiation et une pédagogie adaptée.

Eric Debarbieux, président de l’Observatoire International de la Violence à l’Ecole et auteur de nombreux ouvrages de référence sur ce sujet, fait le point sur les actions de prévention qui fonctionnent dans une interview à la revue Les Cahiers Pédagogiques. Il pointe l’inefficacité des solutions techniques séduisantes au premier abord – vidéosurveillance, détecteurs de métaux et autre gadgets – mais dont les effets pervers se développent rapidement.

Il met également en cause le traitement purement individuel et de « rééducation » des élèves auteurs de violence.

Eric Debarbieux fait la distinction entre une violence « délinquante » ou « mafieuse », marginale et souvent venue de l’extérieur des établissements, et ce qui constitue la majorité de la violence à l’école, les « micro-violences » quotidiennes et répétées, plus difficilement qualifiables et repérables.

Il remarque que l’on sait aujourd’hui, grâce à des recherches et à des évaluations poussées des politiques mises en œuvre dans différents pays, quelles méthodes sont efficaces pour prévenir la violence scolaire. Longue durée, travail en équipe, formation du personnel, supervision extérieure et aide du directeur de l’établissement sont les conditions essentielles au succès d’un programme. Dans un entretien paru dans la même revue en 2006, il notait que les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux où la place des parents à l’Ecole est la plus forte. Il se disait sceptique sur les campagnes nationales telles qu’elles sont menées et leur préférait l’accompagnement local.

Dans son interview aux Cahiers pédagogiques de mai 2009, il explique que « parmi les interventions efficaces on trouve des techniques dites « administratives » c’est-à-dire de conduite de la classe (coopération, participation), des règles et normes de comportement claires et communes à l’école. La qualité des réseaux sociaux est une condition de protection contre la violence. (…) La première base de l’action efficace est d’augmenter l’identification collective dans les établissements, celle des professionnels et celle des élèves. L’identification positive à l’école est prédictive de la réussite scolaire ; à l’inverse la désaffiliation est « le premier chemin vers la violence à l’école », très vite suivie par une identification aux pairs déviants, eux-mêmes en décrochage scolaire. »

 

Sources :

 

  • Interviews d’Eric Debarbieux du 2 juin 2006 et du 26 mai 2009 parues sur le site des Cahiers Pédagogiques du C.R.A.P. (Cercle de recherche et d’action pédagogiques)

 

Des équipes mobiles pour apaiser les tensions dans les collèges et les lycées

Prévenir et apaiser les tensions dans les établissements scolaires à proximité des cités sensibles sont les missions des équipes mobiles de sécurité académiques. D’ici janvier 2010, dans chaque académie, il y aura une équipe mobile de sécurité composée de 20 à 50 personnes aux profils et compétences complémentaires, placée sous l’autorité du recteur. Cette équipe aura trois types de missions : informer et prévenir en amont pour réduire les tensions, intervenir en cas d’incident grave, protéger les personnes et les biens. Source : ministère de l’Education nationale.

 

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