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Un élève violent peut être un élève en souffrance

La violence d’un élève n’est souvent pas orientée personnellement contre le professeur lui-même. Ce n’est pas toujours sa personne ou ses compétences de professeur qui sont réellement visées. Par la violence, l’élève exprime souvent une souffrance, un mal-être.

 

Distinguer agressivité et violence

Dans un premier temps, il est important de repérer les différences entre agressivité et violence.
Le mot agressivité (de «  ad gredum ») signifie « aller dans le territoire de l’autre, l’affronter ». L’agressivité a une facette positive. Elle est alors synonyme de combativité. Le versant négatif est une tendance à attaquer l’intégrité physique ou psychique de l’autre ou de soi-même. Il y a un certain plaisir à faire souffrir l’autre ou à se faire souffrir. Le lien avec l’autre n’est jamais rompu.

Le mot violence vient du latin vis qui veut dire « force, vigueur, caractère de ce qui est indomptable ». La violence est une force brutale qu’un être impose à un autre ou à d’autres, pouvant aller jusqu’à la contrainte exercée par l’intimidation et la terreur.

Dans la violence, le sujet se sent menacé dans son identité. La violence stoppe tout processus de représentation mentale, toute possibilité de mise en scène psychique. Cette perte de l’activité symbolique conduit à l’utilisation de la force brutale. Il y a un court-circuit de la pensée par l’acte qui fait sens. Tout se passe comme si la personne n’était pas impliquée lors de son acte destructeur, comme si elle était « hors jeu ». Elle préserve sa propre vie en détruisant celle de l’autre.

 

Violence interne à l’adolescence

De la violence peut s’installer quand élève et professeur sont pris dans une incompréhension mutuelle. Le professeur peut penser que l’élève ne s’intéresse pas à ses cours et l’élève imagine que le professeur ne l’apprécie pas. Chacun reste sur ses positions. Sans en parler.

Certains professeurs ne renvoient au jeune qu’une image dévalorisée de lui-même. Ce dernier peut se sentir enfermé, étiqueté comme mauvais élève. Avec un sentiment de fatalité. Sans espoir que la situation ne change. Un adolescent qui est particulièrement fragilisé narcissiquement peut se sentir menacé dans son identité. Cette menace d’effraction ou de désorganisation qui disqualifie le sujet et atteint si intensément le moi créer une blessure profonde ou blessure narcissique. Cette menace peut alors déclencher de la violence.

Un adolescent ne se résume pas à son statut d’élève. C’est un individu qui doit composer avec la violence interne inhérente au processus de l’adolescence. Pour le psychologue et psychanalyste François Marty, la puberté provoque des tensions intenses chez l’adolescent. C’est un excès qui submerge, une véritable expérience traumatique. Une élaboration psychique va alors être nécessaire au jeune pour gérer ce caractère traumatique des transformations pubertaires. Pour François Marty, l’adolescence est une violence qui s’exerce contre les adolescents eux-mêmes. Pour se défendre contre ce sentiment de menace, ils se font parfois menaçants. Certains jeunes vont alors projeter cette violence interne à l’extérieur d’eux-mêmes, dans le social et notamment au sein de la classe.

L’école peut être le lieu dans lequel le jeune va mettre en scène une histoire familiale difficile, la maltraitance dont il est victime…. Celles-ci subies, non verbalisées dans la sphère familiale, sont rejouées par le jeune au sein de l’établissement scolaire. Il devient alors acteur de cette violence. Il donne ainsi à voir des violences dont il est victime et dont il ne peut parler. C’est peut-être sa façon à lui de tirer la sonnette d’alarme pour que des adultes bienveillants lui viennent en aide.

La violence peut aussi être un mode d’être au monde qui donne l’illusion de masquer toutes les blessures. L’adolescent voit qu’il suscite de la peur dans le regard de l’autre. Cela lui donne l’illusion de se sentir fort et d’exister. Il est en fait pris dans le schéma destructeur de la violence.

 

Rentrer en contact

Certains jeunes vont « rentrer en contact » avec certains professeurs sur le mode agressif. Au-delà d’attaquer, le but est de voir si cet adulte va résister, s’il est solide. Ce professeur peut finalement représenter un modèle identificatoire sur lequel le jeune va s’appuyer pour grandir.

A une période de la vie où le narcissisme a besoin d’être soutenu, le jeune est en quête de reconnaissance et notamment de la part de ses professeurs. Secrètement, l’adolescent se demande quel intérêt on lui porte.

 

Comment répondre en tant que professeur

En tant que professeur, on peut repérer ce que cet élève provoque en soi : de la pitié, de la tendresse, de la peur, une envie de fuir, de se défendre…

Il est essentiel de ne pas travailler seul avec des situations de violence, ni selon un seul point de vue. On peut en parler avec ses collègues, son responsable…

Il est essentiel de nommer les limites au-delà desquelles un élève ne doit pas s’engager comme par exemple l’interdit de faire du mal à l’autre. Le jeune a besoin d’entendre ces interdits.

L’important est donc de maintenir et d’entretenir un lien de paroles entre adultes et adolescents, même dans la confrontation, dans l’opposition.  Cette confrontation est parfois nécessaire, comme est nécessaire le fait que l’adolescent sente que l’adulte tient bon, qu’il reste à sa place dans le respect de son interlocuteur. Le respect est d’ailleurs un mot qui revient souvent chez les adolescents tentés de recourir à la violence pour se protéger contre un sentiment d’injustice et de manque de considération.