
Violence à l'école et actions de prévention : repères historiques
La violence à l’école existe depuis que l’école existe et les « actions » destinées à la prévenir aussi.
L’école, comme l’éducation en général, a toujours eu pour but, entre autres, de canaliser, domestiquer, contrer la violence « naturelle », « pulsionnelle » des enfants et des adolescents. La prise en charge de cette violence a utilisé des techniques diverses, elles-mêmes plus ou moins violentes physiquement ou psychologiquement. Mais aujourd’hui, quand on parle d’« actions de prévention contre la violence », on fait référence à des actions ciblées, spécifiquement destinées à lutter contre la violence.
La mise en place de telles actions de prévention dépend évidemment de la perception sociale de ce qui est violent et de ce qui déborde du cadre de la violence « acceptable », qui se modifie avec le temps et selon les lieux.
Evolution de la réalité et de la perception des violences scolaires
Au Moyen-âge, les étudiants de la Sorbonne étaient fréquemment engagés dans des rixes et autres violences – avec les bourgeois de Paris, les moines de l’abbaye de Saint-Germain des Prés, la police du prévôt … Au XIXème siècle, plusieurs « mutineries » éclatent au lycée Louis-le-Grand, entraînant l’intervention de la police.
Notre regard actuel sur la violence scolaire et les questionnements sur les réponses à lui apporter date de la fin des années 70 et de la rédaction du premier rapport – confidentiel - sur la question, écrit en 1979 par l’inspecteur Georges Tallon.
Dans les années 90, le ministère de l’éducation national et le Parlement ont mené des recensements, produit des rapports sur les phénomènes de violence à l’école.
En 2001 a été mis en place le logiciel Signa, destiné à recenser et à synthétiser les divers actes de violence signalés par les chefs d’établissements.
En 2010, il est remplacé par SIVIS (système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire) et des Etats généraux de la sécurité à l’école sont organisés.
La violence à l’école a-t-elle augmenté ?
Difficile de le dire puisque les instruments de mesure de la violence scolaire sont récents, que les définitions et les perceptions des phénomènes et de leurs cadres ont évolué, que l’organisation générale de la société et celle de l’école a changé, etc.
Comparer deux époques est un exercice risqué sur le plan scientifique et les conclusions de telles comparaisons peuvent changer du tout au tout selon les traits que l’on compare.
Par ailleurs, quand on utilise comme données – et ce sont souvent les seules disponibles ou presque – les chiffres du ministère et les statistiques basées sur les signalements issus des chefs d’établissements, il ne faut pas oublier qu’elles sont dépendantes des politiques des chefs d’établissements, du ministère, etc.
Ainsi, on voit bien qu’actuellement, la « loi du silence », la tendance à nier et à cacher les faits de violence – signe supposé de mauvaise gestion - a reculé chez les chefs d’établissements par rapport à la période 80-90 – même si on est encore loin de la transparence.
Une violence de plus en plus reconnue et étudiée
La reconnaissance des phénomènes de violence a donc beaucoup progressé. C’est d’ailleurs une des raisons probables du sentiment de leur augmentation : on en parle, ils sont plus visibles donc on a l’impression qu’il y en a plus.
D’où l’intérêt des enquêtes dites « de victimation », comme celle menée par l’observatoire international de la violence à l’école pour l’UNICEF et publiée en 2011. Il s’agit alors, non pas de mesurer « objectivement » les phénomènes de violence mais bien le ressenti de ceux qui y sont exposés.
Si l’on tente d’analyser et de faire la synthèse des résultats obtenus à travers ces différentes études, on peut en conclure que les violences graves restent rares mais que les « micro-violences » physiques et psychologiques, les « incivilités » sont fréquentes et que ce sont surtout celles-ci qui alimentent un sentiment d’insécurité, de danger. De plus, les moyennes ne rendent pas compte de la disparité des situations selon les établissements et les zones où ils se trouvent. Ainsi, les établissements situés dans des quartiers particulièrement sensibles subissent-ils de plein fouet les phénomènes de violence.
La mise en place « d’actions de prévention de la violence » spécifiques a suivi cette « prise de conscience », cette grandissante visibilité, ce sentiment – réel ou non – d’aggravation des phénomènes de violence scolaire.
La mise en place de telles actions est également liée à l’invention, au développement, à l’évolution globale des « politiques de prévention ».






