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Alcool et responsabilité : cocktail impossible ?
« Mais j’étais saoul, je ne sais pas ce qui m’a pris ! » proteste Mr X. qui vient d’être condamné pour avoir insulté un gendarme pendant un contrôle d’alcoolémie positif.
« Je ne me souviens de rien, c’est comme si c’était quelqu’un d’autre qui avait fait ça, » tente d’expliquer Mme Y. à son mari, après une soirée bien arrosée au cours de laquelle elle a goulûment embrassé son beau-frère…
Dérapages anodins, violences verbales ou violences physiques peuvent parfois accompagner la consommation alcoolique.
L’alcool rendrait-il irresponsable?
Sur le plan judiciaire, la règle est de considérer que les individus sont responsables de ce qu’ils font. Des limites existent, bien sûr, à la pleine responsabilité et dans la pratique, les magistrats tentent de prendre en compte la complexité de chaque situation. Les enfants de moins de treize ans ne sont pas pénalement responsables de leurs actes, ils ne peuvent être punis de la même manière que des adultes. Les personnes atteintes de troubles psychiques peuvent également voir leur responsabilité limitée. La consommation d'alcool, à l'inverse, constitue une circonstance aggravante dans l’accomplissement d’un délit ou d’un crime.
Si la question de la responsabilité n’est pas l’objet de l’approche médicale, la médecine apporte néanmoins des éléments précieux à la réflexion. Les effets de l'alcool sur le fonctionnement somato-psychique sont aujourd’hui connus. On sait par quels mécanismes l'alcool modifie la chimie du cerveau et altère les capacités de jugement. Ces altérations sont d'autant plus importantes que la consommation d'alcool est élevée.
L'alcool provoque une désinhibition. Il peut donc entraîner, selon les personnes et les circonstances, une plus grande facilité relationnelle (y compris sur le plan sexuel) ou de l’agressivité.
Cela signifie-t-il pour autant que la substance serait seule responsable des actes commis « sous son emprise » ?
Que penser des protestations d’innocence fréquentes de la part de personnes qui, ivres, ont accompli un acte que la loi, leur entourage ou elles-mêmes réprouvent ?
Comment rester sourd à cette parole de rejet de responsabilité, qu’elle soit consciente ou inconsciente, de bonne ou de mauvaise foi ?
La question de la responsabilité de nos actes dans la consommation alcoolique rejoint une interrogation bien plus vaste : en quoi un individu est-il responsable de ce qui, en lui-même, lui échappe ?
Tenter de répondre à une telle question passe par la reconnaissance de la complexité humaine. Nul n’est totalement maître de soi. En chacun existe une part d’inconnu que la volonté ne contrôle pas.
Mais qu’il s’agisse d’alcool, d’un autre produit ou d’un acte isolé, peut-on faire autrement que de se reconnaître auteur de ses actes, y compris quand on les réprouve, quand leurs conséquences nous ont dépassé ?
« L’alcool ne console en rien, il ne meuble pas les espaces psychologiques de l’individu, il ne remplace que le manque de Dieu. Il ne console pas l’homme. C’est le contraire, l’alcool conforte l’homme dans sa folie, il le transporte dans les régions souveraines où il est le maître de sa destinée. »
(Duras M., La Vie Matérielle, Gallimard folio, p. 25).
Liens vers les autres pages du dossier :
Bibliographie
Ai-je le droit de refuser un éthylotest ?
Enquêtes "Alcool" et "Violences"
Outils de prévention et d'informations / Sites internet ressources
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Entretien avec Marie CHOQUET






