Harcèlement : comment doivent réagir les parents

 

Comme on l’a vu précédemment, certains signaux d’alerte peuvent éveiller l’attention des adultes intervenant au sein de l’institution scolaire comme celle des parents.

On s’interrogera ainsi sur un changement de comportement brutal inexpliqué : repli sur soi, somatisations (maux de tête, maux de ventre, troubles du sommeil), crainte ou refus de se rendre à l’école, fléchissement des résultats, vêtements abimés, objets régulièrement perdus ou détériorés, mais également agressivité envers la fratrie, les proches, colères…

Ces comportements ne définissent pas à eux seuls le harcèlement mais mettent en évidence un mal-être que les parents vont devoir interroger avec des questions les plus directes possibles. A des questions ouvertes telles que « qu’est-ce qui ne va pas ? », « je vois bien que quelque chose ne va pas ; que se passe t-il ? », il vaut mieux privilégier des questions fermées comme : « te fais-tu embêter à l’école ? » ou « y a t-il quelqu’un qui te fait du mal ?».

Lorsqu'un parent reçoit les confidences de son enfant victime de harcèlement, il se trouve confronté à deux choix : prévenir immédiatement l'équipe éducative pour le protéger ou bien ne pas intervenir à la demande de ce dernier. En effet, la victime évoque souvent la honte de faire appel à ses parents, la peur de ne pas être cru ou encore d'être considéré comme une « balance » et de subir des représailles de la part du groupe harceleur.

Cette crainte, fréquemment exprimée, apparaît clairement dans le témoignage de la mère de ce garçon de 12 ans qui reprend le chemin du collège après une déscolarisation de 8 mois : « […] mais souvent la peur d’être la balance de service, ou des représailles à la sortie, malgré que je viens le chercher, le tétanise et il souffre de douleurs au ventre, a des troubles du sommeil importants […] » (Ligne téléphonique anonyme Jeunes Violences Ecoute - 0 808 807 700)

Il est important de rappeler la différence entre témoignage et délation : dénoncer est le fait de signaler à une autorité (qu’elle soit parentale ou institutionnelle) un fait condamnable pour qu’il cesse au nom de la protection de la personne ou de la société. La délation est, au contraire, motivée par la vengeance, la jalousie ou encore par l’intérêt d’un bénéfice secondaire.

Face à une demande urgente, il est important de prendre le temps de réfléchir à la stratégie qu'on peut mettre en place pour aider le jeune, sans se laisser submerger par ce sentiment très fort de culpabilité qu’on peut ressentir lorsque l’on découvre que son adolescent est victime depuis déjà une longue période.

Il s’agit d’abord de le rassurer, le soutenir, l’aider à trouver en lui-même ses propres mécanismes d’auto-défense, puis à repérer quelle personne ressource au sein de l’établissement (professeur, infirmière, surveillant…) et en dehors (psychologue, médecin) serait pour lui le plus aidant.

Mais si la situation perdure, c’est au parent de prévenir le chef d’établissement, responsable de la prévention des risques, le CPE ou toute autre personne de confiance au sein de l’école. Il est important de lister par écrit tous les faits datés pour les présenter comme « preuves ». Si aucune réponse n’est apportée, il convient d’alerter l’inspection académique ou le rectorat de son secteur, supérieur hiérarchique du chef d’établissement.

Dans certains cas, il existe des cellules académiques de lutte contre la violence. En dernier recours, le médiateur de l’Education Nationale peut aussi être saisi. (www.education.gouv.fr/mediateur). S’il s’agit d’une école privée, la direction diocésaine de l’enseignement catholique peut intervenir. Par ailleurs, les représentants des parents d’élèves peuvent être sollicités. D’autres cas de harcèlement leur ont peut-être été signalés ; les regrouper faciliterait une action collective et permettrait au jeune et à sa famille de se sentir moins isolés.

On peut aussi déposer une main-courante, ou porter plainte, pour donner une existence à tous ces événements en dehors de l’établissement scolaire et de l’espace familial. En effet, même si ce dépôt de plainte ne peut avoir pour motif le harcèlement, il est possible de qualifier pénalement la plainte par des notions existantes comme les violences verbales, physiques, bizutage, menaces…

Les parents d’un élève harceleur ou d’un des témoins passifs – n’ayant rien signalé ou ayant même parfois participé - ont eux aussi besoin d’être aidés et écoutés. Or, les relais sont essentiellement destinés aux victimes et il leur est donc difficile de trouver cet appui. Ces parents sont en général confrontés à l’exclusion de leur enfant et se retrouvent démunis, sans structures dédiées mais d’autres lieux de réflexion et d’écoute peuvent leur être proposés. Il convient en effet de ne pas se contenter de la sanction liée au cadre scolaire.

Il est important de ne pas être dans le déni, de considérer le comportement maltraitant de son adolescent envers un autre, d’accepter d’envisager qu’il soit différent hors du cercle familial.

Avec le jeune, les parents s’interrogent sur son cheminement vers le harcèlement, sa propre souffrance : Y a-t-il des problèmes relationnels, un conflit intrafamilial ? A-t-il été lui-même victime de harcèlement dans le passé ? Comment définit-il un acte violent ? Est-il conscient de la responsabilité de ses actes et de la souffrance que cela peut entraîner pour lui et pour la victime ?

Le rappel à la loi ne suffit pas à lui seul et n’entraîne pas de changement de comportement. Il doit être accompagné d’autres interventions (entretiens avec l’équipe éducative, rencontre avec un professionnel de santé…).

 

Consulter également :