Harcèlement : comment réagir en tant que professionnels

Réintroduire le tiers au sein de l'école

 

Il semble important de rappeler la nécessité d'une première phase d'écoute et de recueil de la parole aussi bien des jeunes victimes que de leurs parents, permettant ainsi un échange et une prise en compte des faits. La reconnaissance de la violence subie par la victime participe à la restauration de l'estime de soi et à la déculpabilisation ; il s'agit de lui dire qu'il n'est pas responsable de cette situation. Cette rencontre permet à l'équipe éducative d'expliquer à la famille ce qu'elle compte mettre en œuvre, et la nécessité d'un temps d'observation, ce qui ne signifie pas que l'institution soit dans l'inaction.

Dans un deuxième temps vient la confrontation victime – harceleur, dans la confidentialité et en présence d'un adulte médiateur, afin de les soustraire du groupe spectateur. La douleur de la victime peut ainsi s'exprimer. L'adulte rappelle au harceleur que ses agissements sont interdits et condamnables. Il ne s'agit pas de le stigmatiser.

Enfin, une réponse collective doit être donnée. Il semble important de travailler avec l'ensemble des élèves sur les règles de vie commune et l'apprentissage du bien-vivre ensemble. Il est nécessaire de revenir régulièrement sur ces règles qui ne vont pas « de soi ». Cela peut prendre différentes formes et s'appuyer sur des espaces temps déjà existants comme les heures de vie de classe, la formation des délégués ou la préparation des conseils de classe car « c'est au quotidien qu'il faut prévenir la violence ». (Eric Debarbieux, « Violences scolaires, je suis pessimiste » sur le site www.cafepedagogique.net).

L'enseignant doit être attentif à son propre comportement, car il peut alimenter malgré lui la stigmatisation d'un jeune. Par exemple des remarques qui semblent anodines (« venant de toi cela ne m'étonne pas », « alors Untel tu as encore fait des tiennes »...) risquent d'entretenir ce phénomène de rejet, et maintenir la victime à la place que le groupe lui a assigné. Lorsqu'il repère un jeune à l'écart du groupe, il peut proposer des groupes de travail pour favoriser des relations qui ne se font pas spontanément. Un exposé peut permettre à un adolescent de partager une passion, ou un centre d'intérêt que les autres ignorent, et de se faire ainsi connaître sous un nouveau jour.

Attention toutefois à ce que ce travail n'entraîne pas une stigmatisation encore plus grande du jeune. Il doit s'intégrer au projet de la classe ou correspondre au programme de l'année : « Un jour, au bahut, un type m'a traitée de sale juive (...) j'ai averti ma mère, même si ça me semblait un peu idiot. Nous en avons discuté un long moment. Et, d'un commun accord, le lendemain, nous sommes allées voir mon proviseur pour lui raconter ce qui s'était passé. Plus tard, grâce à ça, nous avons eu un débat dans notre lycée sur les différentes cultures. Cela a permis à tout le lycée de s'ouvrir aux autres et de mieux se connaître ». (Forum Jeunes Violences Ecoute – Espace Jeunes).

Quelques initiatives illustrent ici la collaboration possible entre les différents acteurs de la communauté éducative (le personnel de l'Education nationale, les associations de parents d'élèves, les services de police, les éducateurs...) et ont permis ainsi aux enseignants de s'appuyer sur un réseau, de ne plus rester seuls et de donner une cohérence à la réponse apportée au harcèlement :

 

  • Création d'espaces de paroles et d'espaces de gestion des conflits qui permettent de favoriser la parole : « [...] le silence peut se lever à la faveur d'entretiens, de débats, où se dispensent la compréhension et l'écoute ». (In « Lever la loi du silence à l'école », texte de professeurs d'histoire-géographie de l'académie d'Orléans-Tours).

 

  • Formation à la citoyenneté, à l'éducation civique, à la responsabilisation des élèves : établissement de règles de vie et de sanctions autres que l'exclusion, ce que l'on nomme souvent « charte du respect ».

 

  • Sensibilisation des élèves aux violences scolaires par l'intermédiaire de jeux de rôles assurés par des enseignants, les enfants devenant tour à tour victime ou agresseur. Serge Tisseron relate cette expérience à propos d'élèves de maternelle : « On s'est aperçu en fin d'année scolaire que les enfants qui avaient participé à ces jeux de rôles s'identifiaient beaucoup moins à ces attitudes extrêmes et étaient davantage capables de faire appel à l'adulte pour réguler leurs conflits ». (Entretien dans « La Croix » du 14/01/2009).

 

  • Mise en place d'une médiation entre pairs. Ce processus coopératif tend à faciliter la résolution non-violente d'un conflit ou à le prévenir par l'intervention d'élèves formés (www.gemediat.org : formation de médiateurs), du même âge ou à peine plus âgés, identifiés comme tiers. Ceci ne signifie pas le désinvestissement et l'absence des adultes.

 

  • Adosen au Canada

 

  • Eduscol

 

  • Curiosphère

 

  • Animations Jeunes Violences Ecoute dans les lycées – mise en place de débats avec des lycéens

 

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