Le harcèlement : un mécanisme de défense

 

On harcèle celui qui nous pose question, qui vient réveiller une souffrance qu'on croyait enfouie, voire inexistante et que le sujet harcelé fait ré-émerger.

Le groupe harceleur se sent tyrannisé par ce que lui renvoie sa victime, car elle occupe une place obsédante qui fait écho à son histoire. Il est dans le déni des blessures que réveille la présence de la victime, car ce qui lui est renvoyé est trop douloureux, voire traumatique. La solution pour le groupe harceleur est de s'inscrire dans l'impensable de la douleur pour l'évacuer. Le bouc émissaire devient ainsi l'incarnation d'une souffrance qu'on ne veut surtout pas questionner. Pourquoi ?

La souffrance qu'on regarde interroge. Qu'est-ce qui est enviable ou méprisable chez l'autre pour que je m'acharne sur lui ? Pourquoi la présence de l'autre me fait souffrir? Qu'est ce que je protège dans mon histoire ? Qui je protège dans mon entourage ? Quel épisode douloureux réveille-t-il ?

Le harceleur a un compte à régler, une blessure personnelle à panser. Il a une question non résolue qui ne trouve pas de réponse. Cette question réveille une angoisse tellement méprisée et niée que la seule issue dont il dispose est l'acharnement sur un bouc émissaire. La valeur du groupe ne peut se faire qu'au détriment de la victime. Le groupe est dans une relation aliénante : « [...] certaines personnes...se sentent tellement minables qu'elles ont besoin d'écraser les autres pour exister ». (Forum Jeunes Violences Ecoute, Espace Jeunes).

Le groupe nie ses failles, sources de souffrance, pour les attribuer à l'autre, pour les expulser, pour se séparer d'elles et les rendre étrangères : ce n'est pas moi qui suis défaillant, c'est l'autre : « J'étais un de ceux qui se moquaient de certaines personnes... Tu dois avoir un truc qui attire, en général, on ne s'acharne pas comme cela sans raison ». (Forum Jeunes Violences Ecoute, Espace Jeunes – 28/11/09).

Projeter vers l'extérieur ce qui provoque de la douleur, permet de la localiser, de l'identifier et de la nommer, pour pouvoir déverser sa colère, et surtout ne pas se remettre en question.

Penser que la victime est en partie responsable des souffrances qu'on lui inflige, est un moyen de soulager sa conscience, aussi bien pour les harceleurs, que pour les témoins passifs.

« Le bouc émissaire est celui ou celle qui ramasse tout : les insultes, les critiques. Qui en général fédère un grand nombre de personnes autour de lui. Dommage que ce ne soit pas que des amis !.... et qui est toujours responsable des situations conflictuelles ». (Forum Jeunes Violences Ecoute, Espace Parents).

Le bouc émissaire a donc une double fonction : il réveille les blessures narcissiques du groupe, et en est l'antidote. Le bouc émissaire se dit en grec ancien pharmakos : remède et poison.

Dans la pratique du harcèlement la haine de soi est projetée sur l'autre. Ce ne sont pas tant les failles de l'autre qui sont haïssables, c'est plutôt le fait que l'autre les assume, sans qu'il se sente diminué, sans qu'il y soit réduit, et que cela l'anéantisse : « C'était des insultes et puis ils me tapaient souvent. J'étais très petit et j'avais certains problèmes physiques qui m'empêchaient de me défendre... Ils me tapaient dessus, ils me disaient carrément d'aller me suicider ». (Témoignage Jeunes – site www.aphee.fr).

La victime, renvoie au groupe une particularité, qui est vécue comme une douleur invivable, car innommable, et qu'il ne veut pas questionner. Pour échapper à toute remise en question qui serait source d'angoisse, le harceleur s'enfermerait dans des certitudes et des croyances, sur lui-même et sur l'autre. Le harceleur ne peut pas assumer ce qui fait sa singularité, son identité, car cela le mettrait face à ses manques, ses limites, ses désirs.

La victime participe, malgré elle, au fonctionnement du groupe, elle est un rempart contre l'effondrement psychique. D'où l'importance pour le groupe de la maintenir dans cette place, car elle permet au groupe de décolérer sans fin, d'expulser sa colère, au lieu d'en comprendre l'origine.

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