Le lieu de rencontre : l'école

 

L'école est un lieu de transmission d'un socle commun de connaissances devant permettre une insertion sociale et professionnelle. C'est également un lieu de socialisation où les jeunes apprennent à vivre en groupe dans un environnement protégé, qui leur garantit une certaine sécurité. Le règlement intérieur rappelle les règles de vie commune, définit les droits et devoirs des élèves et permet de réguler le bien-vivre ensemble.

Comme tout lieu de socialisation, l'école permet donc l'intégration par l'élève de certaines valeurs, de normes, que la société considère comme devant être respectées par tous. L'intériorisation de ces valeurs doit permettre à l'enfant de s'intégrer dans le monde social. L'école a donc un rôle d'inclusion.

A l'inverse, le harcèlement induit généralement une exclusion d'un élève par un groupe de pairs. La définition du harcèlement introduit la notion de domination, de prise de pouvoir sur l'autre, valeurs qui ne sont pas considérées comme acceptables par la société.

Cette représentation collective de l'école qui en fait un lieu protégé, à la fois lieu d'éducation culturelle, mais aussi sociale et civique, où l'on confie les enfants à une équipe d'adultes, pourrait expliquer pourquoi il est si difficile de penser le harcèlement en milieu scolaire.

Les victimes et les parents ne comprennent pas qu'un tel phénomène puisse exister dans ce sanctuaire comme en témoigne ce parent sur le forum de Jeunes Violences Ecoute : « Nous avons dans notre pays qu'est la France, cette chance d'avoir l'instruction et la possibilité d'avoir des diplômes grâce à l'Education Nationale, se faire son avenir. Mais pour certains de nos gamins, c'est un véritable enfer qu'ils vivent, parce qu'ils sont faibles et n'osent s'affirmer. Nous autres parents pouvons les aider quand ils sont auprès de nous, lorsqu'ils sont à l'école nous devrions les savoir en sécurité, or il n'en est rien !!! ».

Au sein de ce lieu de socialisation, les adultes se doivent d'intervenir dans la régulation du groupe classe quand celui-ci dysfonctionne et que le harcèlement apparaît. En effet, les acteurs de harcèlement ne peuvent rester dans l'impunité car ce serait les laisser croire à la légitimité de leurs actes et les maintenir dans l'illusion que ces pratiques sont permises.

Une mère a appelé Jeunes Violences Ecoute (0808 807 700) pour évoquer la situation de son fils de 11 ans, qui se fait régulièrement rouer de coups à la récréation. Les agresseurs l'insultaient depuis plusieurs mois et ne comprenaient pas qu'on les punisse : « mais on ne faisait rien de mal, on ne l'a même pas frappé ! ».

Le rôle des adultes au sein de la communauté scolaire consiste à favoriser l'intégration des élèves, à leur permettre de venir à l'école sans y être malmenés.

Le harcèlement n'est pas une affaire privée entre jeunes, ni une étape nécessaire de l'adolescence, à résoudre exclusivement dans la sphère familiale, mais bien un problème qui concerne les acteurs du monde éducatif, dont les parents. Il s'agit de violences dont le jeune doit être protégé. Ce n'est en rien une question qu'il doit régler seul, dans le but de se dépasser, de surmonter des difficultés, d'apprendre à vivre.

Il est donc important d'entendre la parole de l'enfant harcelé, de ne pas relativiser la plainte d'un enfant souffre-douleur. C'est une démarche que ce dernier entreprend avec beaucoup de difficulté.

Un jeune de 21 ans répond sur le forum de Jeunes Violences Ecoute à un parent dont le fils vient de lui avouer être victime de harcèlement : « [...] Moi, je n'ai rien dit de peur de me prendre une balle dans la tête ! Mais VOUS vous avez de la chance d'avoir des enfants qui ont brisé la loi du silence ! Briser ce silence est plus dur que ce que vous pouvez croire, [...] ».

Il peut arriver que des jeunes viennent rapporter des faits de harcèlement imaginaires dont ils ont été victimes. L'adulte qui reçoit cette confidence doit être avant tout à l'écoute, au-delà même de la véracité des faits, afin de comprendre ce qu'il se passe sans forcément remettre en doute la parole du jeune.

Plusieurs appels sur Jeunes Violences Ecoute font part du découragement de jeunes victimes qui n'osent plus en parler aux adultes, ces derniers l'invitant plutôt à se défendre seuls ou à s'éloigner du groupe harceleur.

Etre écouté ne signifie pas toujours être entendu. Un jeune de 17 ans, ayant toujours eu des problèmes relationnels avec les autres, est rentré du lycée le visage couvert d'encre, ses affaires scolaires souillées de vomi et de dessins pornographiques. L'établissement scolaire lui a demandé d'apprendre à se défendre et d'arrêter de provoquer les autres.

Un autre établissement scolaire conseille à la mère d'un élève bouc-émissaire de le changer de collège car « il est vraiment trop différent ».

Il apparaît que le problème est souvent réglé de manière individuelle : punition, exclusion du ou des harceleur(s), changement d'établissement ou orientation vers un professionnel... Comment expliquer que, malgré les solutions apportées par ce tiers institutionnel, le phénomène se reproduit très souvent ?

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