Qu'est-ce que le harcèlement

 

Si l'on se réfère à la définition du dictionnaire, le harcèlement c'est le fait de faire subir à quelqu'un des attaques souvent répétées de plus ou moins grande importance. Harceler une personne consiste à la tourmenter avec obstination, la soumettre à des critiques, à des moqueries répétées.

Depuis le début des années 1990, la notion de harcèlement moral a donnée lieu à de nombreuses théories ou définitions de la part des psychiatres, psychologues et psychanalystes. En effet, grâce aux cas cliniques de ces différents thérapeutes, chacun d'entre eux a pu décortiquer les différentes formes qu'il pouvait revêtir tout en essayant de mieux cerner ses contours.

La sphère juridique a été beaucoup plus frileuse et ne s'en est emparée que tardivement. En effet, au niveau européen la première apparition de la notion juridique du harcèlement s'est faite en 2000 par le biais de la charte sociale européenne, sous le nom de « droit à la dignité au travail ». A suivi le décret d'application du 4 février 2000, puis une directive européenne du conseil de l'Europe du 27 novembre 2000 (n° 2000-78).

En France, il aura fallu attendre la loi de modernisation sociale pour que le législateur fasse enfin apparaître cette notion dans un contexte légal. La notion, plutôt que la définition, a été intégrée dans le code du travail dans le code pénal ainsi que dans le statut général des fonctionnaires. Cette reconnaissance du harcèlement n'existe cependant que dans le seul contexte du travail. En effet, si l'on peut engager la responsabilité civile et pénale pour harcèlement moral d'un collègue ou d'un supérieur hiérarchique il ne sera pas possible de le faire contre un camarade de classe.

Voir l'article "Harcèlement : que dit la loi ?"

Dans le cadre scolaire, principalement au primaire et au collège, un peu plus rarement au lycée, le harcèlement est souvent le fait d'un groupe d'élèves à l'encontre d'un autre groupe ou d'un élève seul, que les autres considèrent comme différent (son physique, sa personnalité trop timide, n'ayant pas les mêmes centres d'intérêts...). Cette « tête de turc » n'a donc pas réussi à s'intégrer dans le groupe comme étant un des leurs. Il a certes une fonction dans le groupe, mais sans y trouver sa place en tant qu'individu.

Le harcèlement ne se traduit pas toujours par des actes violents identifiables comme par exemple des coups. Il peut s'agir de paroles intimidantes, de bousculades, de chantages, de vols ou de dégradations de matériel.

Ce type de violence scolaire est par moment difficile à identifier tant les comportements sont insidieux. Ils se produisent généralement loin du regard des adultes (dans un coin de la cour de récréation, dans les rangs, les couloirs entre les cours, dans les toilettes...).

L'institution scolaire assume la responsabilité des élèves qui lui sont confiés. Pour l'école primaire, la circulaire n° 97-178 rappelle que le devoir de surveillance incombe aux directeurs d'école et aux enseignants. Pour les collèges, l'obligation de surveillance est précisée dans la circulaire n°96-248 du 25 octobre 1996. Ces textes rappellent, en particulier, l'attention qui doit être portée aux moments où les élèves ne sont pas en classe, pendant les récréations et les interclasses.

Dans les textes officiels de l'Education Nationale, ces faits sont qualifiés de « micro-violences » ou d' « incivilités ». Eric Debarbieux, directeur de l'Observatoire International de la violence à l'école rappelle :

« La violence dans les établissements scolaires, malgré des faits divers hyper médiatisés, n'est en général pas constituée d'actes de délinquance graves. Il s'agit plus de petites violences quotidiennes et d'incivilités (rumeurs, bousculades, insultes, brimades, moqueries, humiliations, bagarres...), des « micro-violences ».

Elles créent pour certains un climat d'insécurité pouvant être perçu et vécu parfois comme une véritable violence ». (Cf. n°580 de sept-oct.2009 de la revue de l'Ecole des parents et le site : www.educationprioritaire.education.fr).

On ne voit apparaître nulle part le terme de harcèlement pour définir la répétition de ces micro-violences subies par un élève.

Dans ce dossier, ce terme a été volontairement retenu même s'il ne correspond pas à un acte punissable par la loi. Certes, les actes commis sont rarement des violences extrêmement graves, mais c'est bien la répétition qui en fait un acte de violence à part entière. Ils empêchent le jeune, pris pour cible, de s'épanouir à l'école.

L'utilisation du terme « micro-violences » ne doit surtout pas conduire à minimiser les répercussions qu'elles génèrent comme en témoigne ce jeune sur le forum de Jeunes Violences Ecoute : « mes années collège m'ont traumatisé, j'étais le vilain petit canard de tout le collège... ».

Lors d'appels reçus sur le numéro vert Jeunes Violences Ecoute, il apparaît que certains adultes minimisent la gravité de ces actes, banalisent ce phénomène pouvant parfois aller jusqu'à nier l'existence même du harcèlement. Ils préfèrent y voir des « histoires de jeunes » constitutives de leur socialisation.

Cette difficulté concerne aussi bien des professeurs que des personnels administratifs et de vie scolaire (CPE, surveillant, infirmière, responsable du CDI, MDP...) et des parents. Ces derniers ont du mal à nommer explicitement le phénomène de harcèlement. Ils utilisent plutôt les termes : brimades, violence, maltraitance ...

Les parents disent que leur enfant est « le souffre-douleur », « la tête de turc » ou encore « un peu le bouc émissaire de la classe ». Ils décrivent le phénomène mais pensent que le mot « harcèlement » est trop fort.

La vigilance des adultes peut parfois être moindre surtout quand les jeunes harceleurs affirment « mais on rigole, M'sieur ! ». Ils peuvent alors associer ces actes malveillants à un jeu, ce que peut confirmer la victime de peur d'être en plus qualifié de balance. En réalité, il y a une personne qui souffre et ne rit pas du comportement de ses camarades surtout lorsque les adultes n'identifient pas le harcèlement. La jeune victime se sent isolée et impuissante.

Des jeunes témoignent sur les forums de Jeunes Violences Ecoute :

« [...] quand on a 13 ans qu'on se fait frapper et humilier sans raison sous les yeux d'adultes qui ne viennent pas à votre secours ça vous dégoûte de la vie. J'ai tenté à un moment de mettre fin à cette galère en allant voir la CPE qui n'est jamais allée voir les personnes concernées, le proviseur n'avait pas de temps pour mes jérémiades et la prof principale a parlé à une seule personne qui par la suite n'a même pas été sanctionnée et cela a empiré mon cas car il est parti le raconter à tout le monde donc je me suis fait frapper deux fois plus. [...] ».

« [...] J'ai essayé +d'une fois d'en parler à la CPE qui je souligne n'a rien fait pour moi, elle n'a ni parlé aux élèves concernés, ni rien et cela m'a encore plus renfermé sur moi-même, personne n'est venu à mon secours, ni les profs, ni un surveillant, PERSONNE ! [...] ».

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