La prise de risques à l'adolescence

L’objectif de ce dossier est d’aborder la prise de risque chez les adolescents afin de la définir et de comprendre pourquoi cette prise de risque permet aux jeunes de se construire malgré tout et devient le passage obligé pour donner un sens à sa vie. Au-delà de certaines conduites qui font partie de la crise d’adolescence, d’autres témoignent d’un malaise voire d’une réelle souffrance.

Que dire de la prise de risque et des conduites à risque ? Quel est le positionnement de la loi à l'égard de celles-ci ?


Le risque n'est pas une spécificité adolescente. Les enfants prennent déjà des risques en explorant leur environnement. De même pour les adultes dans leur cheminement privé et professionnel. Mais le risque s’inscrit de manière privilégiée dans la période de l’adolescence pour chercher ses limites, se dépasser, mais aussi se mettre en danger. Prendre des risques est également une manière de dompter ce corps en plein changement, de mieux le connaître, de se l’approprier en ayant parfois envie d’y exercer un pouvoir de vie et de mort.


L’adolescent adopte des conduites excessives où le danger est recherché comme une sorte de jeu avec le destin. En général, l’intention n’est pas de mourir mais de s’assurer de la valeur de l’existence en la mettant en danger et, ainsi, en lui donnant du sens. L’adolescent expérimente souvent des conduites d’essai qui contiennent un danger potentiel. Il teste ses capacités physiques, affronte un danger et calme ses angoisses. A l’adolescence, il s’agit de mettre à l’épreuve ce qui a été expérimenté auparavant dans l’enfance pour s’approprier les limites de ses possibilités actuelles et de ce qui est accepté par la famille, l’école, la société…


Certaines prises de risque
sont valorisées par les pairs et suscitent même de l’admiration : sports à risques, conduite automobile, consommation d’alcool et de cannabis... Ces comportements vont changer l’image que l’adolescent a de lui-même par rapport au regard des autres. Ils vont lui permettre d’exister aux yeux de ses camarades. Ce qui compte, c'est l’image du groupe, faire sa place parmi les autres, se faire respecter et se faire admettre dans un groupe.


Par ailleurs, la prise de risque, relevant du rite de passage de l’enfance à l’adolescence, est une conduite où le jeune recherche son indépendance, son autonomie, et s’adresse à un tiers. Elle devient le moyen de se distinguer des autres et signe le besoin de prendre de la distance vis-à-vis de ses parents, du monde adulte. Ces pratiques peuvent être parfois interprétées comme des rites de passage, des rites initiatiques : il s’agit d’être capable de faire quelque chose de nouveau, d'interdit, de transgresser les limites, l’autorité. D’autre part, prendre des risques renvoie à l’image de soi, à l’estime de soi avec un besoin de reconnaissance narcissique.


La prise de risque peut être liée à la recherche de défi, de plaisir, mais peut être également le reflet de certaines difficultés affectives qui touchent certains adolescents. Soit la prise de risque se fait dans un contexte où l‘adolescent évite de se mettre en danger, soit elle est un moyen d’échapper à l’angoisse par la recherche de sensations fortes. En effet, certains adolescents expriment leur mal-être et leur difficulté de vivre à travers des conduites dangereuses.


Les expérimentations, les conduites d'essais sont structurantes et font partie intégrante du processus adolescent. La majorité des adolescents en restera à ce stade des expérimentations. En revanche, selon David Le Breton, certains adolescents en grande souffrance réussissent à sortir de ces années de crise mais n'y parviennent jamais seuls. (David LE BRETON - En souffrance. Adolescence et entrée dans la vie - Métailié, 2007, 361 pages).