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Entretien avec Michaël Stora
Michaël STORA est cinéaste de formation. Il est devenu psychologue psychanalyste et ne cesse de s’interroger sur les liens inconscients qui existent entre les êtres humains et les images. Il utilise depuis plusieurs années les jeux vidéo comme médiation thérapeutique auprès d’enfants souffrants de troubles du comportement. Il reçoit de plus en plus de patients qui sont « accrocs » aux jeux vidéo et au chat. Il travaille sur la réalisation de deux jeux vidéo à valeur thérapeutique.
Son Projet : L’ouverture d’une clinique du virtuel qui sera un centre de soin, de recherche et de développement.
Son Projet : L’ouverture d’une clinique du virtuel qui sera un centre de soin, de recherche et de développement.
Comment vous est venue l'envie d'utiliser le virtuel et les jeux vidéo à des fins thérapeutiques ?
L’envie ( ou le désir ) m’est venue dû au fait que, lorsque je travaillais au Centre Médico-Psychologique de Pantin pour enfants et adolescents, il y avait ce que l’on appelle ces enfants dits « limites » qui, pour dire les choses de manière un peu provocante, m’ennuyaient. C’est-à-dire qu’en général, ils ne jouaient pas le jeu de la psychothérapie classique. Au fond, ils ne faisaient que jouer à des jeux où il y avait un perdant et un gagnant : le premier ennemi étant finalement eux-mêmes.
Je me suis, à un moment, autorisé à amener une console de jeux vidéo, au point que les enfants m’appelaient « le psy qui console ». Je me suis dis que le jeu vidéo était totalement passionnant parce qu’au fond cela permettait de créer un cadre qu’on leur proposait, avec l’idée que ce qui leur était proposé était une forme de tiers, de père virtuel, de père programmeur.
Je pensais que pour ces enfants qui étaient dans le « tout, tout de suite », les jeux vidéo, à l’inverse de ce que l’on croit, les obligeaient à persévérer et à accepter la frustration. Ce cadre, rassurant, qui met des limites, qui est celui des jeux vidéo, leur permettait paradoxalement de faire émerger leur imaginaire. Le jeu vidéo met en scène implicitement ce qui est compliqué dans les pathologies narcissiques : c’est le combat entre pulsions et narcissisme. Le jeu vidéo permettait de projeter à l’extérieur ces démons et de les affronter, le jeu vidéo prenant souvent comme ressort l’affrontement, la combativité. Il leur permettait d’expérimenter à travers la main qui manipule la manette, une certaine maîtrise des pulsions agressives contre des figures, que dans les jeux vidéo on appelle des « boss », qui sont des monstres, qui peuvent faire émerger toute la question des imagos parentaux.
Je me rends compte au fond que le jeu vidéo ressemble de plus en plus à une expérience qui est celle du rêve. Les personnages du rêve sont finalement des parties de soi. Le jeu vidéo va avoir à peu près ces mêmes fonctions, les personnages non jouables vont à certains moments dire des choses, faire des choses qui vont avoir des effets étonnement thérapeutiques.
Cela fait 7 ans que j’anime des ateliers jeux vidéo avec des enfants, je suis arrivé à 80% de réussite. C’est-à-dire, des enfants qui arrivent au bout d’un an d’atelier à réinvestir le savoir, l’école. Ils sont dans une dynamique de réparation de leur ambivalence. L’objectif étant d’aider l’enfant à métaphoriquement flinguer les figures parentales, qui sont sources de culpabilité.
C’est comme ça que m’est venue l’envie…c’est l’ennui… et l’ennui est toujours source de créativité et d’imaginaire.
Je me suis, à un moment, autorisé à amener une console de jeux vidéo, au point que les enfants m’appelaient « le psy qui console ». Je me suis dis que le jeu vidéo était totalement passionnant parce qu’au fond cela permettait de créer un cadre qu’on leur proposait, avec l’idée que ce qui leur était proposé était une forme de tiers, de père virtuel, de père programmeur.
Je pensais que pour ces enfants qui étaient dans le « tout, tout de suite », les jeux vidéo, à l’inverse de ce que l’on croit, les obligeaient à persévérer et à accepter la frustration. Ce cadre, rassurant, qui met des limites, qui est celui des jeux vidéo, leur permettait paradoxalement de faire émerger leur imaginaire. Le jeu vidéo met en scène implicitement ce qui est compliqué dans les pathologies narcissiques : c’est le combat entre pulsions et narcissisme. Le jeu vidéo permettait de projeter à l’extérieur ces démons et de les affronter, le jeu vidéo prenant souvent comme ressort l’affrontement, la combativité. Il leur permettait d’expérimenter à travers la main qui manipule la manette, une certaine maîtrise des pulsions agressives contre des figures, que dans les jeux vidéo on appelle des « boss », qui sont des monstres, qui peuvent faire émerger toute la question des imagos parentaux.
Je me rends compte au fond que le jeu vidéo ressemble de plus en plus à une expérience qui est celle du rêve. Les personnages du rêve sont finalement des parties de soi. Le jeu vidéo va avoir à peu près ces mêmes fonctions, les personnages non jouables vont à certains moments dire des choses, faire des choses qui vont avoir des effets étonnement thérapeutiques.
Cela fait 7 ans que j’anime des ateliers jeux vidéo avec des enfants, je suis arrivé à 80% de réussite. C’est-à-dire, des enfants qui arrivent au bout d’un an d’atelier à réinvestir le savoir, l’école. Ils sont dans une dynamique de réparation de leur ambivalence. L’objectif étant d’aider l’enfant à métaphoriquement flinguer les figures parentales, qui sont sources de culpabilité.
C’est comme ça que m’est venue l’envie…c’est l’ennui… et l’ennui est toujours source de créativité et d’imaginaire.
Selon vous, d'où vient cet engouement pour internet de la part des adolescents comme des adultes ?
L’adolescence reste cette période où beaucoup de choses nous échappent tant au niveau corporel que psychique, et finalement c’est intéressant. L’adolescent va avoir la possibilité de maîtriser, de serrer le monde dans son poing fermé. Internet donne cette illusion de pouvoir.
C’est un âge où on est quand même un être multi facettes où le clivage est très important et opère. D’ailleurs, on peut le repérer dans les blogs, chez les adolescents qui ont plusieurs blogs et plusieurs avatars. Chaque blog, chaque avatar va être une forme de mise en scène de toutes ces facettes. Ce sont des lieux où les adolescents vont pouvoir se poser.
Sur MSN, dans les chats, c’est aussi toute la question de la rencontre avec l’autre sexe qui se pose à l’adolescence et qui est à la fois tout à fait obsédante et en même temps qui fait peur. Cela leur permet de dire des choses à l’abri du regard de l’autre et de pouvoir flirter avec les limites. C’est une des raisons pour lesquelles, aussi bien les adolescents que les adultes ou ce qu’on appellerait les adulescents, vont d’autant plus aimer internet.
Ce que je repère, c’est que souvent les gens, qui vont de manière excessive sur internet, souffrent d’inhibition : c’est une des raisons pour lesquelles, selon moi, les vrais pervers n’ont pas besoin forcément d’agir dans le virtuel, puisque le virtuel c’est avant tout l’aire du jeu, l’aire de la mise en scène de ces pulsions sexuelles, agressives, qui, d’habitude, sont très souvent culpabilisées.
C’est un âge où on est quand même un être multi facettes où le clivage est très important et opère. D’ailleurs, on peut le repérer dans les blogs, chez les adolescents qui ont plusieurs blogs et plusieurs avatars. Chaque blog, chaque avatar va être une forme de mise en scène de toutes ces facettes. Ce sont des lieux où les adolescents vont pouvoir se poser.
Sur MSN, dans les chats, c’est aussi toute la question de la rencontre avec l’autre sexe qui se pose à l’adolescence et qui est à la fois tout à fait obsédante et en même temps qui fait peur. Cela leur permet de dire des choses à l’abri du regard de l’autre et de pouvoir flirter avec les limites. C’est une des raisons pour lesquelles, aussi bien les adolescents que les adultes ou ce qu’on appellerait les adulescents, vont d’autant plus aimer internet.
Ce que je repère, c’est que souvent les gens, qui vont de manière excessive sur internet, souffrent d’inhibition : c’est une des raisons pour lesquelles, selon moi, les vrais pervers n’ont pas besoin forcément d’agir dans le virtuel, puisque le virtuel c’est avant tout l’aire du jeu, l’aire de la mise en scène de ces pulsions sexuelles, agressives, qui, d’habitude, sont très souvent culpabilisées.
La question de l'addiction à internet est au cœur des débats. Cette crainte vous semble-t-elle fondée ?
Mon travail de clinicien fait que 80% de mes patients sont ce qu’on appelle des « no life », c’est-à-dire surtout des adolescents et des jeunes adultes de 15 à 25 ans qui vont, à un moment souvent douloureux de leur vie, surinvestir ce monde-là.
Il faut bien saisir que l’addiction est paradoxalement quand même une manière de se soigner. Là où ça devient intéressant, c’est que dans ces moments d’addiction, il y a des moments antidépresseurs très forts, mais avec une dimension qui n’existe peut-être pas dans le Prozac ou dans d’autres médicaments, c’est la dimension de l’interactivité : c’est qu’au fond, l’autre peut vous répondre pour le meilleur et pour le pire. Finalement, vous n’êtes pas totalement seul dans cette histoire-là.
Ce qui est compliqué aujourd’hui c’est que notre société stigmatise ces jeunes-là comme des drogués. Dans 20 ans, je pense que cela sera différent. C’est-à-dire qu’un jeune qui est leader d’une « guilde », un groupement de joueurs, et dirige quarante personnes, développe des capacités de leadership et de management très impressionnantes, et pourrait être reconnu dans le futur avec ses vraies compétences.
Mais, pour le moment, les parents, surtout la société, cette tranche d’âges des 40-60 ans qui a très peur du virtuel, les stigmatise. Je reçois des jeunes qui ont des vraies problématiques d’addiction : pourquoi cet objet-là et pas un autre ?
On peut se dire que tous ont, quand même, une problématique autour de l’image de soi, de l’estime de soi. Le lien est flagrant. La société elle-même a tendance à nous tyranniser par rapport à des idéaux de réussite. Ce qu’on va trouver dans ces lieux-là, c’est une manière d’y échapper ou voire d’en jouer.
Il faut bien saisir que l’addiction est paradoxalement quand même une manière de se soigner. Là où ça devient intéressant, c’est que dans ces moments d’addiction, il y a des moments antidépresseurs très forts, mais avec une dimension qui n’existe peut-être pas dans le Prozac ou dans d’autres médicaments, c’est la dimension de l’interactivité : c’est qu’au fond, l’autre peut vous répondre pour le meilleur et pour le pire. Finalement, vous n’êtes pas totalement seul dans cette histoire-là.
Ce qui est compliqué aujourd’hui c’est que notre société stigmatise ces jeunes-là comme des drogués. Dans 20 ans, je pense que cela sera différent. C’est-à-dire qu’un jeune qui est leader d’une « guilde », un groupement de joueurs, et dirige quarante personnes, développe des capacités de leadership et de management très impressionnantes, et pourrait être reconnu dans le futur avec ses vraies compétences.
Mais, pour le moment, les parents, surtout la société, cette tranche d’âges des 40-60 ans qui a très peur du virtuel, les stigmatise. Je reçois des jeunes qui ont des vraies problématiques d’addiction : pourquoi cet objet-là et pas un autre ?
On peut se dire que tous ont, quand même, une problématique autour de l’image de soi, de l’estime de soi. Le lien est flagrant. La société elle-même a tendance à nous tyranniser par rapport à des idéaux de réussite. Ce qu’on va trouver dans ces lieux-là, c’est une manière d’y échapper ou voire d’en jouer.
Estimez-vous qu’internet s’est substitué à la télévision ?
Selon Médiamétrie ( Mesure d’Audience des Médias ), la tranche d’âges des 15-25 ans a complètement déserté la télévision du salon avec papa / maman, et se retrouve dans sa chambre à utiliser internet, voire à regarder la télévision sur internet, en étant sur MSN et en faisant d’autres choses.
Donc, je dis souvent que la culture interactive est une contre culture de l’image télé. Je crois que c’est une culture de l’appropriation des images, d’où l’idée que je trouve cela très sain.
Donc, je dis souvent que la culture interactive est une contre culture de l’image télé. Je crois que c’est une culture de l’appropriation des images, d’où l’idée que je trouve cela très sain.
Pensez-vous que certains jeux vidéo ou en ligne sur internet peuvent rendre violent ?
Tous les passages à l’acte violents, par exemple à Erfurtz, montraient bien que ces jeunes étaient déjà dans des contextes familiaux, voire sociétaux – en effet, aux Etats-Unis la vente d’armes est libre – déjà très violents. Il y a eu ce qu’on appellerait un télescopage entre une violence au sein de la famille et une violence que peut proposer le jeu vidéo. D’où le fait qu’il y ait eu des passages à l’acte.
Mais, comme on a pu le remarquer, tous ces jeunes, après ces tueries folles, se sont suicidés. Nous avions affaire à un passage à l’acte d’ordre psychiatrique. Il est très important de faire attention de ne pas avoir trop de préjugés : jouer avec son agressivité est une manière de l’intégrer.
Ironiquement, je dirais que les gens qui m’inquiètent, ce sont les gens qui ne savent pas jouer. Une de mes amies a créé une association où elle utilisait un jeu vidéo qui s’appelle "Counter Strike", qui est un jeu d’équipe avec des stratégies collectives, qui s’est avéré être un formidable outil de réinsertion, tout à fait passionnant.
Mais, la société a tendance, à des moments où elle ne comprend plus, où elle a peur de la nouveauté, à trouver des sorcières à brûler, et c’est vrai que le jeu vidéo en fait partie.
Mais, comme on a pu le remarquer, tous ces jeunes, après ces tueries folles, se sont suicidés. Nous avions affaire à un passage à l’acte d’ordre psychiatrique. Il est très important de faire attention de ne pas avoir trop de préjugés : jouer avec son agressivité est une manière de l’intégrer.
Ironiquement, je dirais que les gens qui m’inquiètent, ce sont les gens qui ne savent pas jouer. Une de mes amies a créé une association où elle utilisait un jeu vidéo qui s’appelle "Counter Strike", qui est un jeu d’équipe avec des stratégies collectives, qui s’est avéré être un formidable outil de réinsertion, tout à fait passionnant.
Mais, la société a tendance, à des moments où elle ne comprend plus, où elle a peur de la nouveauté, à trouver des sorcières à brûler, et c’est vrai que le jeu vidéo en fait partie.
Faut-il avoir peur de laisser ses enfants sur les chats et les blogs ? Quels peuvent en être les risques ?
Selon un sondage, 76% des parents ne savent pas ce que font leurs enfants sur internet. A partir de ce moment-là, quand les parents se sentent coupables, ils disent beaucoup de bêtises, parce qu’il faut, comme toujours, trouver un coupable.
Si l’on parle d’enfants, c’est-à-dire avant l’adolescence, il est important, parce que les parents restent le premier des guides pour l’enfant, qu’ils puissent trouver des moments pour parler évidemment de ce qu’ils font sur internet , voire de surfer ensemble. Soyons honnêtes... un enfant à qui on va interdire l’accès à internet sera handicapé pour son avenir, même professionnel.
La France, malheureusement, est un pays très en retard dans son éducation au multimédia. On est encore aujourd’hui dans la question de l’éducation à l’image et je crois qu’il faut maintenant engager ce processus-là pour les enfants.
A l’adolescence, c’est une forme de contrat de confiance entre les parents et les ados puisqu’on sait très bien que l’ordinateur est dans sa chambre. C’est un nouvel enjeu d’autorité qui revient à poser la question des limites que les parents doivent poser.
Beaucoup d’associations diabolisent et mettent en avant que le chat est un lieu pour les cyber-prédateurs ou les cyber-pédophiles et que les blogs seraient un moyen pour les producteurs de films pornographiques de recruter des adolescentes. Oui, les pédophiles utilisent internet pour leur site. Mais c’est vrai que 90% des actes pédophiles se situent au sein de la famille.
Pourquoi des enfants ou des pré-ados prennent-ils des risques ? Pourquoi vont-ils seuls à un rendez-vous ? Ce sont des enfants qui ont des parents dits « exemplaires », sans faille, et qui pensent que tous les adultes seraient à leur image. Ce sont des enfants qui ont des parents totalement absents, aussi bien réellement que symboliquement, surtout parfois réellement. Encore une fois, on se retrouve avec des enjeux humains mais on va accuser ces lieux-là d’être à l’origine du danger.
Si l’on parle d’enfants, c’est-à-dire avant l’adolescence, il est important, parce que les parents restent le premier des guides pour l’enfant, qu’ils puissent trouver des moments pour parler évidemment de ce qu’ils font sur internet , voire de surfer ensemble. Soyons honnêtes... un enfant à qui on va interdire l’accès à internet sera handicapé pour son avenir, même professionnel.
La France, malheureusement, est un pays très en retard dans son éducation au multimédia. On est encore aujourd’hui dans la question de l’éducation à l’image et je crois qu’il faut maintenant engager ce processus-là pour les enfants.
A l’adolescence, c’est une forme de contrat de confiance entre les parents et les ados puisqu’on sait très bien que l’ordinateur est dans sa chambre. C’est un nouvel enjeu d’autorité qui revient à poser la question des limites que les parents doivent poser.
Beaucoup d’associations diabolisent et mettent en avant que le chat est un lieu pour les cyber-prédateurs ou les cyber-pédophiles et que les blogs seraient un moyen pour les producteurs de films pornographiques de recruter des adolescentes. Oui, les pédophiles utilisent internet pour leur site. Mais c’est vrai que 90% des actes pédophiles se situent au sein de la famille.
Pourquoi des enfants ou des pré-ados prennent-ils des risques ? Pourquoi vont-ils seuls à un rendez-vous ? Ce sont des enfants qui ont des parents dits « exemplaires », sans faille, et qui pensent que tous les adultes seraient à leur image. Ce sont des enfants qui ont des parents totalement absents, aussi bien réellement que symboliquement, surtout parfois réellement. Encore une fois, on se retrouve avec des enjeux humains mais on va accuser ces lieux-là d’être à l’origine du danger.
Quel sens donnez-vous au phénomène du happy-slapping ?
Le Happy-Slapping est un phénomène qui montre à voir puisque l’image va être assez violente.
Il y a eu l’anecdote de ce garçon qui tape sa prof, filmé par un copain. Ce que l’on repère chez ces jeunes qui sont dans une course folle avec la violence, c’est qu’en se faisant filmer, ils sont reconnaissables. Ils ne sont pas masqués. Il y a comme un désir inconscient de se faire arrêter.
Nous sommes dans une société où le choc des images est essentiel pour exister. Il y a cette idée étonnante qui est que, exister à l’image, c’est exister : « Je passe à la télé, donc je suis ».
Maintenant, j’ai pu voir des Happy-Slapping qui étaient des mises en scène et je pense que c’est dans ce sens-là qu’on va aller, comme on a pu le voir avec le Festival « Pocket films » ou d’autres, où on commence à voir des jeunes qui utilisent leur téléphone portable pour faire des films et être du côté de la créativité.
Il y a eu l’anecdote de ce garçon qui tape sa prof, filmé par un copain. Ce que l’on repère chez ces jeunes qui sont dans une course folle avec la violence, c’est qu’en se faisant filmer, ils sont reconnaissables. Ils ne sont pas masqués. Il y a comme un désir inconscient de se faire arrêter.
Nous sommes dans une société où le choc des images est essentiel pour exister. Il y a cette idée étonnante qui est que, exister à l’image, c’est exister : « Je passe à la télé, donc je suis ».
Maintenant, j’ai pu voir des Happy-Slapping qui étaient des mises en scène et je pense que c’est dans ce sens-là qu’on va aller, comme on a pu le voir avec le Festival « Pocket films » ou d’autres, où on commence à voir des jeunes qui utilisent leur téléphone portable pour faire des films et être du côté de la créativité.
Que pensez-vous d'une ligne téléphonique pour les jeunes sur la thématique de la violence, comme « Jeunes Violences Écoute » ?
Evidemment que c’est important qu’il y ait la possibilité pour des jeunes de pouvoir avoir un lieu pour exprimer, ou alors leur comportement violent, ou alors le fait d’être victime de violences.
Je le vois à travers mon travail de psychanalyste : beaucoup de ces jeunes vivent des situations de violences.
Ce que j’ai pu repérer sur Jeunes Violences Ecoute, c’est qu’il y a un vrai travail d’écoute et d’accompagnement. A travers telle ou telle situation de violence subie, on voit bien qu’il y a malheureusement des destins de gens qui peuvent devenir très violents.
Je crois que c’est vous qui faisiez la pub : « La violence, moins on en parle, plus on agit »…« plus ça fait mal », et je dirais plus on l’agit.
Aujourd’hui, votre phrase, c’est : « La violence, si tu te tais, elle te tue ». Voilà, on revient à peu près à cette même idée, c’est-à-dire de pouvoir nommer cette violence. Chez certains enfants, on retrouve l’idée qu’au lieu de parler, on agit.
Après, c’est comment la société, comment vous, Jeunes Violences Ecoute, prenez en compte cette question de la violence. Je pense que c’est important de pouvoir aider les jeunes à exprimer cette violence parce que cette reconnaissance est rare dans notre société. Au fond, il faut aider les adolescents en souffrance, qu’ils soient victimes ou auteurs de violences.
Je le vois à travers mon travail de psychanalyste : beaucoup de ces jeunes vivent des situations de violences.
Ce que j’ai pu repérer sur Jeunes Violences Ecoute, c’est qu’il y a un vrai travail d’écoute et d’accompagnement. A travers telle ou telle situation de violence subie, on voit bien qu’il y a malheureusement des destins de gens qui peuvent devenir très violents.
Je crois que c’est vous qui faisiez la pub : « La violence, moins on en parle, plus on agit »…« plus ça fait mal », et je dirais plus on l’agit.
Aujourd’hui, votre phrase, c’est : « La violence, si tu te tais, elle te tue ». Voilà, on revient à peu près à cette même idée, c’est-à-dire de pouvoir nommer cette violence. Chez certains enfants, on retrouve l’idée qu’au lieu de parler, on agit.
Après, c’est comment la société, comment vous, Jeunes Violences Ecoute, prenez en compte cette question de la violence. Je pense que c’est important de pouvoir aider les jeunes à exprimer cette violence parce que cette reconnaissance est rare dans notre société. Au fond, il faut aider les adolescents en souffrance, qu’ils soient victimes ou auteurs de violences.
Que pensez-vous d'un site internet comme celui de « Jeunes Violences Écoute » ?
C’est évident que c’est une très bonne chose puisque nous savons très bien que c’est le territoire de ces adolescents. Le téléphone parfois peut inhiber parce que c’est la voix, au niveau des sensorialités, c’est quand même un engagement. Néanmoins, il est intéressant d’aller sur leur propre terrain.
Les forums de Jeunes Violences Ecoute présentent l’avantage d’éviter de créer une sorte de pseudo espace de liberté. Je crois que la liberté n’existe que parce qu’il y a un cadre. Et je pense que sur un site internet il faut que les modérateurs s’identifient parce que, à partir de ce moment-là, ça reste un lieu d’exhibition. L’exhibition peut être une chose très saine, c’est-à-dire la capacité à oser dire quelque chose de difficile. Mais, en même temps, ça peut être aussi la pire des choses où certaines personnes vont utiliser les forums comme un moyen de sidérer l’autre, de le mettre dans un état d’anxiété et d’angoisse.
Donc, c’est important que des adultes organisent un tel espace : « C’est votre lieu, mais on vous écoute ».
Les forums de Jeunes Violences Ecoute présentent l’avantage d’éviter de créer une sorte de pseudo espace de liberté. Je crois que la liberté n’existe que parce qu’il y a un cadre. Et je pense que sur un site internet il faut que les modérateurs s’identifient parce que, à partir de ce moment-là, ça reste un lieu d’exhibition. L’exhibition peut être une chose très saine, c’est-à-dire la capacité à oser dire quelque chose de difficile. Mais, en même temps, ça peut être aussi la pire des choses où certaines personnes vont utiliser les forums comme un moyen de sidérer l’autre, de le mettre dans un état d’anxiété et d’angoisse.
Donc, c’est important que des adultes organisent un tel espace : « C’est votre lieu, mais on vous écoute ».
BIBLIOGRAPHIE :
Articles :
- « Marcher dans l'image : une narration sensorielle », Ed L'Harmattan, sous la direction de Mélanie Roustan. Coll.: Dossier en Sciences Humaines. Paris, 2003.
- « Le jeu vidéo : de l'addiction. », Revue Adolescence, 2004.
- "Ico, un conte de fée numérique, histoire d’un atelier jeu vidéo", Revue L’autre. Paris, 2006.
Livres :
- « Guérir par le virtuel, une nouvelle approche thérapeutique » - Edition Les Presses de la Renaissance, 2005.
- « L’enfant au risque du virtuel » - Editions Dunod, collection Inconscient et Culture - Co-écrit avec Serge Tisseron et Sylvain Missonnier, 2006.
- « Les écrans, ça rend accro… » - Editions Hachette Littérature, Collection « Ca reste à prouver… », 2007.






