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Entretien Xavier Pommereau
Xavier POMMEREAU est médecin psychiatre et directeur du Pôle aquitain de l’adolescent au centre Abadie, au CHU de Bordeaux. Il est spécialisé dans la prise en charge des troubles psychiques à l'adolescence.
Pourquoi selon vous associe-t-on souvent « violence » et « adolescence » ?
L'adolescence est une violence déjà en soi, dans la mesure où le fait d'accéder à la puberté c'est faire l'objet d'une révolution, subir des remaniements et des tensions, éprouver des bouleversements que l’on ne maîtrise pas. D’autre part, l’adolescence fait violence auprès de l’entourage en rendant le sujet « étrange » et « étranger » aux siens. Ses réactions surprennent, ses nouvelles potentialités dérangent et signalent une autonomie prochaine qui oblige les parents à faire le deuil de l’enfant que n’est plus l’adolescent.
Peut-il y avoir selon vous une adolescence sans violence ?
Selon moi, pour toutes ces raisons, il ne peut pas y avoir d'adolescence sans violence. Cela ne signifie pas que celle-ci doit être nécessairement « débordante ». Toutes les adolescences ne sont pas forcément explosives. Par contre, il n'est pas possible d'imaginer une adolescence « tranquille », dans la mesure où, justement, l'adolescent et son entourage subissent ces transformations considérables, à la fois physiques, psychologiques et relationnelles. Il ne peut pas y avoir de révolution tranquille. Mais, fort heureusement, pour beaucoup d'adolescents, cette violence va pouvoir être canalisée, sublimée, exprimée, d'une manière socialement acceptable et tolérable.
Pensez-vous qu'il peut y avoir du positif dans cette violence de l'adolescence ?
Bien sûr. Pour moi, la violence n'est pas un gros mot. La violence n'est pas quelque chose à éradiquer. Je voudrais justement que l'on cesse de vouloir éradiquer la violence, parce que plus on cherche à nier, éliminer ce mouvement naturel de la vie, plus il va resurgir là où on l'attend le moins.
Ayons à l’esprit qu'au moment même où nous sommes en train de parler, nos globules blancs liquident des tas de microbes qui rentrent dans notre organisme, et que nous sommes, sans le savoir, le siège de champs de batailles incroyables. La vie est donc violente. Mais cette violence nécessaire est contenue, circonscrite et au service de la vie. Tant que mes globules blancs s'occupent dans mes vaisseaux sanguins de liquider mes microbes, je n'ai pas à y penser et surtout à en souffrir. Cette violence, je peux tout à fait bien la supporter. Si, par contre, je me mets à avoir 40° de température, c’est qu’il y aura un débordement de mes défenses. Et là évidemment, cette violence fébrile va me prendre la tête au sens propre et au sens figuré.
C'est un peu la même chose concernant l'adolescence. Tant que les choses se passent assez bien, que l'adolescent arrive à faire avec la violence qu'il a en lui, à la décliner de différentes façons, à la déplacer, à la sublimer, pas de problème. Mais si au contraire l’adolescent explose les murs de sa chambre, lacère tout à coups de cutter, il y a un débordement qui vient dire une fièvre, un débordement « hors de soi » en quête d’apaisement.
L'idée n'est pas de faire comme si les adolescents n'étaient pas violents. Les adolescents ont une violence, et malheureusement trop souvent, les adultes n'ont pas conscience que cette violence que les adolescents ressentent et qui va modifier radicalement les relations avec les autres, va susciter en réponse de la violence aussi de la part des adultes, une violence qui n'est pas forcément consciente mais qui peut être très forte.
Les jeunes sont-ils réellement plus violents aujourd'hui ? Et pensez-vous qu'ils vont plus mal ?
Je pense que nous sommes dans une société à la fois de l'individu, de la consommation et de l'image qui fait qu'un certain nombre d'adolescents sont en difficultés identitaires au moment de l'adolescence et que ça suscite chez eux une grande violence.
15% des adolescents vont mal. Mais ça veut dire aussi que 85% des adolescents vont plutôt bien.
Je ne sais pas si on peut dire que les adolescents vont plus mal qu'avant. Disons qu'il y a un déplacement du mal en question. C'est vrai qu'il y a sans doute aujourd'hui, beaucoup plus d'adolescents en situation de mal-être existentiel.
Mais est-ce mieux ou moins bien d'être dans ce type d'interrogations, que d'avoir faim et soif, que de craindre les bombes et les attentats ? Je ne suis pas du tout convaincu que ce soit foncièrement différent. Il est toujours question que « le ciel tombe sur la tête ». A d'autres époques ou dans d'autres pays, des adolescents souffrent d'autres choses, notamment de la faim, de la pauvreté, de la précarité, de la guerre... Disons que les nôtres ont plutôt tendance à avoir des souffrances existentielles, dans le « petit monde », si je puis dire, de leur entourage qui prétend pacifier les relations.
Quelles formes d'accompagnement mettre en place pour ces adolescents ?
Je crois qu'il faut justement les aider à trouver des médiations susceptibles de leur permettre de gérer leur violence et donc surtout pas de l'éradiquer, mais de la gérer d'une manière qui est culturellement et socialement acceptable. C'est cela qui est important. Chaque fois qu'un adolescent est capable de faire de la musique plutôt que de trouer les murs de sa chambre à coups de cutter, c'est mieux. Et pourtant, dans la musique, il peut y a voir une grande violence exprimée. A partir du moment où on va leur mettre à disposition des moyens de faire avec cette violence, on aidera les adolescents.
Que pensez-vous d'une ligne téléphonique pour les jeunes sur la thématique de la violence, comme « Jeunes Violences Écoute » ?
Justement, je pense que c'est très important, ne serait-ce que pour permettre de mettre des mots sur ce que les jeunes ressentent. Mais aussi pour relativiser sans doute la violence. C'est-à-dire que la violence peut avoir de multiples visages, et peut-être tolérable et tolérée pour certains et intolérable pour d'autres. Et c'est justement en en parlant que l'on peut mieux se rendre compte de cela.
C'est pourquoi je suis tout à fait d'accord avec ce type de dispositif. Il va certainement permettre à des jeunes gens, à la fois de faire état de violences qu'ils estiment subir et, en même temps, peut-être, de prendre conscience que justement cette violence peut avoir des formes différentes. Il est toujours très important de se demander ce qui fait violence à nous-mêmes, et ce qui peut faire violence à l'autre à travers nos propres conduites ou nos propres comportements.
Finalement, la violence est très relative souvent, et c'est ça qu'il faut essayer de percevoir. C'est sans doute ça qu'il faut, dans la vie, essayer de comprendre : en quoi on me fait violence, et en quoi je suis susceptible, moi, par mon comportement, mes propos ou mes conduites, de faire violence à l'autre, peut-être sans le savoir.
Que pensez-vous d'un site internet comme celui de « Jeunes Violences Écoute » ? Pensez-vous que ça peut-être utile ?
Absolument. Je pense que ça peut-être utile chaque fois que l'on peut informer justement les jeunes sur les différentes formes de violences qui existent et qu'on les autorise aussi à exprimer d'autres choses qui ne sont pas forcément sous des rubriques bien définies, mais qui doivent être exprimées pour pouvoir dire que telle ou telle chose, telle ou telle différence, tel ou tel vécu, peut-être ressenti comme une grande violence et qui n'est pas forcément ce que va ressentir le voisin.
BIBLIOGRAPHIE :
Nombre d'ados ne se contentent pas de cultiver leur tenue vestimentaire, ils marquent leur peau avec des piercings et des tatouages, mais aussi - plus inquiétant - avec des scarifications.
Le Dr Xavier Pommereau explique ce que signifie le langage de la peau de l'ado, comment l'aider dans sa quête d'identité, et quelles limites poser.
Il ouvre également une réflexion sur la place de l'adolescent dans cette société du sujet qui est la nôtre et dans laquelle les rites de passage, rites d'intégration par excellence, ont disparu.
Le Dr Xavier Pommereau explique ce que signifie le langage de la peau de l'ado, comment l'aider dans sa quête d'identité, et quelles limites poser.
Il ouvre également une réflexion sur la place de l'adolescent dans cette société du sujet qui est la nôtre et dans laquelle les rites de passage, rites d'intégration par excellence, ont disparu.
- « L'adolescent suicidaire » 2005 chez Dunod
Le suicide représente aujourd’hui la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans.
Chaque année, 40 000 jeunes sont hospitalisés à la suite d’une tentative (120 000 tentatives par an).
Dans ce contexte, ce livre offre aux professionnels du soin ( psychiatre, psychologues, psychanalystes ) et travailleurs sociaux, les applications pratiques relatives à la prise en charge de la prévention. 3e édition entièrement revue par l'auteur avec une nouvelle préface.
Chaque année, 40 000 jeunes sont hospitalisés à la suite d’une tentative (120 000 tentatives par an).
Dans ce contexte, ce livre offre aux professionnels du soin ( psychiatre, psychologues, psychanalystes ) et travailleurs sociaux, les applications pratiques relatives à la prise en charge de la prévention. 3e édition entièrement revue par l'auteur avec une nouvelle préface.






