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Scarifications
Intervention de XAVIER POMMEREAU
à L'Ecole des Parents et des Educateurs d'Ile-de-France
( Novembre 2007 )
"Le terme « automutilation » ( de mutilare ) est incorrect car il signifie plutôt section irréversible d'un membre.
A propos des scarifications, on utilisera le terme de lésion, de blessures cutanées auto-infligées.
Aujourd'hui, il paraît impossible de déclarer que les adolescents vont plus mal qu'il y a 20 ans. On pourrait dire qu’un adolescent sur 7 va mal ( entre 10 et 15% ).
L'histoire des troubles évolue en fonction des mentalités. Il y a quelques années, les infirmières scolaires soignaient de nombreuses crises de spasmophilie, de tétanie, aujourd'hui remplacées par des crises de boulimie avec vomissements provoqués ou par des scarifications, les deux pouvant être associés.
Ces symptômes sont dus au rapport entre les modes de vie actuelle et ses représentations. Un symptôme en remplace un autre, il n’y a pas d’effet de cumul.
Si scarifications, percings et tatouages sont aussi développés, c'est parce que nous connaissons aujourd'hui une crise des limites. La limite ( de limitis ) se définit comme un « espace », un « entre-deux », c'est l'endroit où se définit la frontière, une révolution de l'image, une crise de « l'entre-deux » comme une recherche de confrontation entre deux territoires voisins.
Les adolescents s'emparent de la peau, cet entre-deux merveilleux. Ils y incrustent de l'encre ( tatouages sur lesquels sont dessinés dragons ou flammes afin de tenir l’autre à l’écart ) et/ou du métal ( percings avec pointes ou barbelé comme menaces potentielles), signes morbides chez ces adolescents qui souffrent de l’entre-deux, des borderline.
Les relations incestueuses ou incestuelles ont fondu l'entre-deux, obligeant l'adolescent concerné à creuser ainsi un écart entre lui et les autres, au risque de s'y engloutir, d’y tomber et de rompre avec l’entourage.
Crises de boulimie avec vomissements et scarifications sont des phénomènes associés : crises incoercibles qui témoignent de quelque chose d’impossible à garder en soi, représentation de la vidange, du débordement rejeté soit à la surface de soi (scarifications), soit en dehors de soi (vomissements).
A propos des scarifications, on utilisera le terme de lésion, de blessures cutanées auto-infligées.
Aujourd'hui, il paraît impossible de déclarer que les adolescents vont plus mal qu'il y a 20 ans. On pourrait dire qu’un adolescent sur 7 va mal ( entre 10 et 15% ).
L'histoire des troubles évolue en fonction des mentalités. Il y a quelques années, les infirmières scolaires soignaient de nombreuses crises de spasmophilie, de tétanie, aujourd'hui remplacées par des crises de boulimie avec vomissements provoqués ou par des scarifications, les deux pouvant être associés.
Ces symptômes sont dus au rapport entre les modes de vie actuelle et ses représentations. Un symptôme en remplace un autre, il n’y a pas d’effet de cumul.
Si scarifications, percings et tatouages sont aussi développés, c'est parce que nous connaissons aujourd'hui une crise des limites. La limite ( de limitis ) se définit comme un « espace », un « entre-deux », c'est l'endroit où se définit la frontière, une révolution de l'image, une crise de « l'entre-deux » comme une recherche de confrontation entre deux territoires voisins.
Les adolescents s'emparent de la peau, cet entre-deux merveilleux. Ils y incrustent de l'encre ( tatouages sur lesquels sont dessinés dragons ou flammes afin de tenir l’autre à l’écart ) et/ou du métal ( percings avec pointes ou barbelé comme menaces potentielles), signes morbides chez ces adolescents qui souffrent de l’entre-deux, des borderline.
Les relations incestueuses ou incestuelles ont fondu l'entre-deux, obligeant l'adolescent concerné à creuser ainsi un écart entre lui et les autres, au risque de s'y engloutir, d’y tomber et de rompre avec l’entourage.
Crises de boulimie avec vomissements et scarifications sont des phénomènes associés : crises incoercibles qui témoignent de quelque chose d’impossible à garder en soi, représentation de la vidange, du débordement rejeté soit à la surface de soi (scarifications), soit en dehors de soi (vomissements).
Il existe 4 grands types de lésions :
– Les ecchymoses
Provoquées par des coups auto-portés sur des surfaces dures ( coups de tête, de poings ), plus fréquentes chez les garçons.
– Les abrasions cutanées.
Par frottement de l'épiderme qui est attaqué par exemple avec un morceau de sucre ou le jet à bout portant d'un spray ( sur les avants bras ).
– Les brûlures auto-infligées.
A l'aide d'un briquet ou d'une cigarette sur la face dorsale de la main et/ou de l'avant bras.
Provoquées par des coups auto-portés sur des surfaces dures ( coups de tête, de poings ), plus fréquentes chez les garçons.
– Les abrasions cutanées.
Par frottement de l'épiderme qui est attaqué par exemple avec un morceau de sucre ou le jet à bout portant d'un spray ( sur les avants bras ).
– Les brûlures auto-infligées.
A l'aide d'un briquet ou d'une cigarette sur la face dorsale de la main et/ou de l'avant bras.
– Les scarifications.
Depuis la nuit des temps, l'homme se scarifie, il écrit sur lui car la nudité est « anormale ». Il pare son corps pour ne pas être vu nu. La peau de « l'homme 1er » se lit du premier coup d’œil ( homme de la campagne, homme de la ville...), transmission du qui je suis, où je vais. Les adolescents qui se scarifient utilisent les mêmes techniques que « l'homme 1er » sans le savoir. Pour obtenir des cicatrices chéloïdes, ils infiltrent à l'intérieur de la plaie une substance telles la colle ou l'encre afin qu’elle s’épaississe, qu’elle prenne du relief.
Depuis la nuit des temps, l'homme se scarifie, il écrit sur lui car la nudité est « anormale ». Il pare son corps pour ne pas être vu nu. La peau de « l'homme 1er » se lit du premier coup d’œil ( homme de la campagne, homme de la ville...), transmission du qui je suis, où je vais. Les adolescents qui se scarifient utilisent les mêmes techniques que « l'homme 1er » sans le savoir. Pour obtenir des cicatrices chéloïdes, ils infiltrent à l'intérieur de la plaie une substance telles la colle ou l'encre afin qu’elle s’épaississe, qu’elle prenne du relief.
Caractéristiques cliniques de la scarification :
– Les lésions typiques.
Elles sont les plus nombreuses et les moins corrélées à des troubles mentaux.
Elles concernent le plus souvent des jeunes filles pubères de 13 à 16 ans. Ces lésions ne sont pas à visées suicidaires. Elles sont infligées sur la face dorsale de la main, de l'avant-bras ou du genou à la cheville avec des objets anodins souvent très petits qui appartiennent parfois à un proche et qui se cachent facilement ( fragment d'une lame de rasoir, coin de carte bancaire de la mère par exemple ). La crise est réputée incoercible. Le plus souvent, la jeune fille se livre en cachette à ses lésions, comportement vécu comme honteux. Comme le cas des détenus qui cachent des objets coupants « au cas où » ce qui les empêcheraient de « péter un câble ».
Elles concernent le plus souvent des jeunes filles pubères de 13 à 16 ans. Ces lésions ne sont pas à visées suicidaires. Elles sont infligées sur la face dorsale de la main, de l'avant-bras ou du genou à la cheville avec des objets anodins souvent très petits qui appartiennent parfois à un proche et qui se cachent facilement ( fragment d'une lame de rasoir, coin de carte bancaire de la mère par exemple ). La crise est réputée incoercible. Le plus souvent, la jeune fille se livre en cachette à ses lésions, comportement vécu comme honteux. Comme le cas des détenus qui cachent des objets coupants « au cas où » ce qui les empêcheraient de « péter un câble ».
Il y a parfois comme variantes les scarifications collectives, en cercle parfois gothique. Symbole gravé comme celui dit de la fratrie de sang. Ces séquences sont alors photographiées ou filmées et diffusées sur des blogs.
Il est rare que les scarifications soient uniques. Souvent elles sont parallèles entre elles, multiples et perpendiculaires au sens du membre ( idée du code barre).
Lorsqu'il y a sur le corps d'une jeune fille association de scarifications, d’abrasions et de brûlures, il peut s'agir d'une adolescente ayant subi des violences sexuelles.
Il est rare que les scarifications soient uniques. Souvent elles sont parallèles entre elles, multiples et perpendiculaires au sens du membre ( idée du code barre).
Lorsqu'il y a sur le corps d'une jeune fille association de scarifications, d’abrasions et de brûlures, il peut s'agir d'une adolescente ayant subi des violences sexuelles.
– Les lésions atypiques.
Le fait d’être un garçon constitue un critère de gravité. De même, lorsqu’elles concernent des jeunes avant la puberté ou de plus de 16 ans. Elles siègent sur le cou, le visage, le ventre ou la racine d’un membre. Plus la lésion se rapproche des organes génitaux, plus grave est la pathologie.
Dans le cas des formes typiques, à la question posée à l’adolescent de savoir pourquoi il se scarifie là, il répond : « j’en sais rien ». En fait, cela correspond à un besoin de contrôle de ce qu’il vit comme subi. Il s’agit de reprendre en main quelque chose. La main effectrice agit sur l’autre main qui ne reçoit plus, n’échange plus. Cela nécessite le contrôle du regard et donc permet un contrôle sur la souffrance.
Dans les formes atypiques, il y le contrôle du regard mais on est dans quelque chose qui vient dire « c’est le corps que je barre » ( exemple d’une croix sur le corps ), rature pour se défaire de ce qu’il y a sous la peau.
« Ca s'impose à moi, je ne peux faire autrement » sont les seuls mots entendus auxquels l'adolescent ajoute le besoin de « lâcher, d'évacuer » hors de lui « quelque chose qui déborde », comme avant la saignée.
Il y a des variantes avec l'idée de punition, d'autopunition. « Je me coupe pour me punir », « je suis dégueulasse » comme après une crise de boulimie.
« Ca s'impose à moi, je ne peux faire autrement » sont les seuls mots entendus auxquels l'adolescent ajoute le besoin de « lâcher, d'évacuer » hors de lui « quelque chose qui déborde », comme avant la saignée.
Il y a des variantes avec l'idée de punition, d'autopunition. « Je me coupe pour me punir », « je suis dégueulasse » comme après une crise de boulimie.
Dans la scarification, il y a paradoxe entre le montré et le caché, le révélé, l'exposé et le dissimulé. La lésion typique n'est pas montrée mais tellement enroulée dans de multiples pansements qu'elle s'expose de fait.
Il y a dans ces conduites du sado-masochisme mais pas seulement. On se remplit d’une douleur psychique indicible. Pour l’atténuer, la contenir, on la transforme en douleur physique. La coupure peut provoquer une sidération de l’appareil à ressentir. Il y a aussi la douleur jouissance, une douleur exquise. Le plaisir est produit par la vision du sang qui coule et fait trace.
« Ce que je ne contrôle pas, je l'offre au regard de l'autre » : Abandon du corps au regard de l’autre. Les infirmiers se questionnent : "en mettant de gros pansements, je contribue à la mise en scène. Si je ne fais rien, il y a un risque de scarifications en cascade."
« Ce que je ne contrôle pas, je l'offre au regard de l'autre » : Abandon du corps au regard de l’autre. Les infirmiers se questionnent : "en mettant de gros pansements, je contribue à la mise en scène. Si je ne fais rien, il y a un risque de scarifications en cascade."
L'indicible et l'inélaborable sortent de soi et viennent donner une forme visible et manifeste à des blessures qui ne peuvent se dire en mots, c’est un langage.
Derrière la torture de l’abus sexuel, il y a des tortures intérieures d’un autre ordre : « pourquoi suis-je aussi torturée ? » révélant un problème profond de relation avec les proches, un vécu enfoui. Ainsi, ce n’est pas parce que le violeur sera derrière les barreaux que les scarifications s’arrêteront. Ce qui pêche, c'est la recherche en intentionnalité consciente.
Derrière la torture de l’abus sexuel, il y a des tortures intérieures d’un autre ordre : « pourquoi suis-je aussi torturée ? » révélant un problème profond de relation avec les proches, un vécu enfoui. Ainsi, ce n’est pas parce que le violeur sera derrière les barreaux que les scarifications s’arrêteront. Ce qui pêche, c'est la recherche en intentionnalité consciente.






