Violences contre soi-même : Les Scarifications.



Piercing et tatouages : les adolescents cherchent à marquer leur peau.


Ces marques que les adolescents gravent sur leur corps ne sont pas sans rappeler certains rites des sociétés traditionnelles dans lesquelles elles viennent signer le passage de l'enfance à la vie adulte.


Les marques traditionnelles intègrent le jeune dans une société. Le rite est mis en place avec l'aval des adultes et informe de son rang, de sa famille et de sa tribu.


Aujourd'hui, au contraire, elles sont choisies par le jeune pour se différencier de ses parents. Ici, la caution est donnée par le groupe de pairs et non par l'adulte. Le jeune les utilise comme un moyen de se créer une identité.


D. Le Breton va même plus loin. Il dit que «La marque contemporaine est individualisante», dans le sens où le jeune cherche à s'identifier par la différenciation d'avec ses parents. Le corps devient un instrument de séparation. Mais aussi par le marquage en lui-même qui a une signification et lui permettrait de se créer une identité aux yeux des autres.


Ces marques restent des choix esthétiques et n'entraînent pas de souffrances répétées. Elles sont, le plus souvent, réalisées dans de bonnes conditions d'hygiènes et en accord avec la loi. Ainsi, elles n'inquiètent pas outre mesure.


Cependant, certains adolescents marquent leur peau d'une autre manière. Les scarifications n'ont pas de but esthétique et causent une réelle souffrance physique. On passe dans un autre domaine que l'on peut qualifer de pathologique. C'est à celles-ci que nous avons décidé de nous intéresser de plus près.


Nous avons choisi de parler de scarifications sur le site de Jeunes Violences Ecoute car il est souvent difficile pour les personnes qui se scarifient, mais aussi pour l'entourage témoin, de donner du sens à cette violence retournée contre soi. Elle laisse un sentiment d'horreur à celui qui voit, mais aussi à celui qui s'inflige ces blessures sans pouvoir se maîtriser.


Le terme de «scarification» désigne des blessures auto infligées de façon répétée, le plus souvent au cours de la croissance pubertaire.


On parle communément d'«automutilations» ce qui ne correspond pas à la réalité car les scarifications n'entraînent pas la privation irréversible d'un membre ou d'un organe.


Sous leurs expressions les plus connues, elles se caractérisent chez les jeunes filles par des brûlures et/ou coupures qu'on retrouve souvent sur les avant-bras, la face dorsale des mains ou encore l'intérieur des cuisses. Chez les garçons, on retrouvera plus souvent des ecchymoses ainsi que des traces de lutte.


Dans une enquête de Marie Choquet et Xavier Pommereau, effectuée en 2001, auprès des 11-19 ans fréquentant l'infirmerie de leur établissement scolaire, à la question «Au cours des 12 derniers mois, vous est-il arrivé de vous faire du mal (couper, brûler) volontairement». 11,3% des filles et 6,6% des garçons ont répondu « oui ».


Ce pourcentage, qui est en augmentation depuis quelques années, montre que ces pratiques peuvent être un recours chez certains adolescents en difficulté pour lutter contre une souffrance inexpliquée.


Les témoignages de jeunes nous permettent de comprendre que ces actes agissent à deux niveaux :


En premier lieu, la coupure va être une décharge. C'est le seul moyen que l'adolescent trouve pour évacuer un trop plein (d'angoisse, d'émotions ou encore de colère). Cela lui donnerait l'illusion temporaire de faire taire la souffrance psychique par une souffrance physique. Le jeune n'a pas pu utiliser sa pensée ou sa parole pour se libérer de ce trop plein.


Et c'est en cela que le problème réside : qu'est ce qui fait que le jeune s'interdit de penser, qu'est ce qui vient inhiber sa réflexion ?


A un deuxième niveau, plus symbolique, on peut se dire que c'est, comme nous le dit Xavier Pommereau, «une tentative pour donner forme à une souffrance intime».


Contrairement à ce qu'on peut penser le but n'est pas forcement d'être vu, cet acte est beaucoup plus pulsionnel que cela. Mais, c'est la seule solution que le jeune a trouvé pour avoir moins mal.


Une contradiction est à la base de ce phénomène : « se faire du mal pour avoir moins mal ». Il est parfois difficile pour l'entourage (surtout pour les parents) de comprendre ce passage à l'acte, ce qui ferait souvent naître du rejet.


Les informations que nous transmettons ici ont notamment pour but de donner une certaine lecture de ces gestes, pour permettre de dépasser le choc premier et pouvoir aider l'adolescent de la façon la plus adaptée.


Mais, la compréhension n'enlève en rien le fait que ces pratiques sont inquiétantes et signes d'un mal être qu'il est important de prendre en charge rapidement.


Il faut que le jeune puisse retrouver sa capacité à penser et à parler. Ceci passe par le soutien de l'entourage, mais aussi par le fait de lui laisser la possibilité de se créer son propre espace. Il peut trouver, dans son entourage proche un interlocuteur à qui il accorde sa confiance (ami, cousin, oncle, professeur, entraîneur....) et qui pourra engager un échange.


Mais, dans de telles situations, et surtout si le comportement persiste, il faut que l'adolescent puisse rencontrer un professionnel (psychologue, psychiatre, psychanalyste) pour faire un travail approfondi et pouvoir continuer à se construire sans ces angoisses qui font obstacles.


Référence :

( Choquet M., Pommereau X., Lagadic C ., 2001, Les élèves à l'infirmerie scolaire : identification et orientation des jeunes à haut risque suicidaire. Paris, Editions INSERM )


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